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Mustang

Aucune participation prévue dans les 8 semaines à venir.

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Dites-le leur !

Par Mustang - 12-10-2017 10:22:25 - 3 commentaires

Mon club d'athlé dont  je suis  le  président, est co-organisateur  avec  le Conseil Départemental de  l'Orne d'une épreuve  à allure  libre pour  les femmes  dans  le cadre d'octobre rose,  pour  la  prévention et  le dépistage du cancer du sein. Ce dimanche  8 octobre après-midi, c'étaient  près de  3500 féminines qui s'étaient rassemblées sur  le campus universitaire de Montfoulon-Damigny. Bien sûr, comme  officiel,  je devais  prendre  la  parole  pour  un  message convenu.

Cependant, après  les  paroles de remerciement,  j'ai continué mon intervention avec le  message suivant :

 

Avant de  lancer  le départ de cette  manifestation sportive caritative,  je vais,  pour quelques  minutes, demander votre attention afin de transmettre  un message. Ce  message,  il est  pour votre mari, votre compagnon, votre père, vos frères, vos fils, enfin tous  les  hommes de votre entourage.  Vous  êtes  ici dans  le cadre de  la  prévention et du dépistage du cancer du sein. Je vais  vous  parler du cancer de  la  prostate pour  le quel pas grand-chose  n’est fait en matière de dépistage.  

Comme  le cancer du sein atteint la femme dans sa féminité,  le cancer de  la  prostate atteint  l’homme dans sa virilité,  outre  le fait qu’il soit  un cancer.

Non, ce  n’est pas  un cancer qui  ne touche  que  les vieux  messieurs ; des  hommes  jeunes, de 50 ans, de  40 ans en sont atteints !

Non, ce  n’est  pas  un cancer anodin. Chaque année,  près de  71 000 nouveaux cas sont détectés. 9 000 hommes décèdent chaque année de ce cancer, soit  25 par  jour. C’est  le  premier cancer qui atteint  l’homme en France avant celui du  poumon !

Les campagnes de dépistage contre  le cancer du sein dont  l’Orne a été un des  précurseurs ont  montré  leur efficacité. Il  n’y a pas de vraie campagne de dépistage du cancer de  la  prostate alors qu’une simple prise de sang pourrait donner des  indications  utiles  pour ce dépistage dès  50 ans !

Aussi  mesdames,  dites-le à votre  mari, votre compagnon, votre  père, vos frères, vos fils, tous  les  hommes de votre entourage qu’une prise de sang dès 50 ans  peut éviter  bien des drames.

Dites-le  leur !


Pour des informations sur ce cancer, voir ce site : www.anamacap.fr


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Le plus beau pays du monde

Par Mustang - 18-09-2017 15:32:28 - 15 commentaires

J'habite  le  plus  beau  pays du  monde !

Oui, en vérité, mon  pays est  le  plus beau du  monde ! Cette affirmation péremptoire m'apporte deux avantages,  cela m'évite dêtre  jaloux de ceux qui  vivent vraiment dans des  pays  bien  plus beaux que le mien et cela  me fait aimer  mon  pays dans sa simplicité.

Bien sûr,  le grand canyon du Colorado,  les chutes du Zambèze, le Mont Everest comblent  la vue de ceux qui  ont le  bonheur de  les contempler. Mais  la courbe d'un champ,  des vaches dans  un  pré,  un buisson de  mûres  m'émeuvent dans  leur simplicité. J'aime  mon  pays, c'est  le  mien. J'y ai  mes racines. Pourtant, je suis  bien  loin des  montagnes que  j'affectionne tant.  Et les  superbes cartes  postales de PhilKiKou me comblent d'aise ! Et que dire des  balades de philtraverses sur  les sommets  pyrénéens !

Mais  il suffit de regarder, regarder simplement, pour se  laisser envahir  par  le  plénitude que dégage  un  paysage à priori anodin. 

Je vais  en vélo vous emmener ce  jour en vallée de Sarthe, en amont d'Alençon, pour  parcourir une  petite  plaine bocagère bordée  à l'est  par  le  massif  forestier de Perseigne et au  nord-ouest  par celui d'Ecouves.

Je quitte Alençon au nord  pour traverser  la rivière Sarte au  niveau du faubourg de Cerisé.

Ce sont des  herbages. C'est  l'avantage d'habiter  une  petite ville,  on est de suite en campagne ! Un  héron est  à l'affût !


A  peine  1 km  parcouru, et  j'arrive au Chevain, petit bourg aux demeures très cossues  de  la bourgoisie locale. La  mairie est  imposante,;en réalité,  la salle commune est ridiculement  petite !

Juste  à  côté, se trouve  une petite église romane. Ça, c'est  ma culture judéo-chrétienne  qui a formaté  mon regard sur ce genre de construction. Pour  moi, en définitive, simplement l'harmonie d'un construction !



Quelques coups de  pédales  plus  loin,  j'arrive dans  la  plaine. Le  pays a été généreux,  les fermes et  les  habitations sont  imposantes,  pierres de taille  et architecture  de classe ! Mais,  le temps est  passé. Beaucoup de constructions sont  délaissées comme cette  magnifique ferme du  XVII/XVIIIe siècle où on devine  les fenêtre  à  meneaux. 


Mais  il reste  à voir !



Le Petit  Logis,  modeste avec ça !

Je  poursuis  mon  périple. Dans les vergers,  les  pommiers  ploient sous  la charge des  pommes qui arrivent  à maturité !



Les  pommes sont rassemblées au  pied des arbres. Après les  premiers froids, elles seront  pressées  pour obtenir ce si bon cidre normand !

J'arrive sur  le  petit  hameau du Chenay qui domine  la vallée de  la Sarthe. Une  petite église et son cimetière  nous rappelle notre condition  humaine.


J'emprunte  une  petite  route qui descend vers  la rivière. Cependant,  dans  le bois qui  la  précéde, un temoignage d'un passé  historique lointain se révèle  à un  oeil exercé. Comme  nombreuses dans  la région,  une  motte féodale, désormais enfouie sous  une végétation luxuriante, gardait la rivière.


La  motte est bien visible sur  la  gauche de  la  photo cernée  par  son fossé à droite. Elle  était surmontée  d'un donjon en bois entouré d'une  palissade en bois. Elle  préfigure  les  premiers châteaux forts et date du  Xe et XIe siècles ( voir ICI) .  La  pierre a vite fait de remplacer  le bois, trop fragile sous les coups des assaillants  !

Voici  le  moulin en bord de Sarthe. On  ne fait  pas  plus  bucolique ! C'est  un endroit que  j'apprécie  particulièrement, il semble si  loin des tracas du  monde !




Je continue  mon périple vers  le château de Montigny.  Ce  genre de demeure du XVIIIe siècle est très présent dans  la région ! Il a  prospéré avec les fermages et  les chevaux.


Ernest  le Comte,  propriétaire du château et amateur de chevaux à fait construire à la fin du XIXe siècle de vastes écuries et un château d'eau  pour  fournir l'eau courante  à ses chevaux !

Autrefois,  même  pour  un  humble bâtiment, les bâtisseurs avaient soin des  ornements  que ce soit sur  le faîtage,  les parements de toit  ou l'agencement des briques!

La  petite route campagnarde traverse  un  petit  bois  puis  me ramène vers  la Sarthe.




Je traverse  la N12 pour arriver au Menil-Erreux. L'école est fermée, c'est  une  mairie mais  les fermes demeurent "seigneuriales" !



Je remonte vers  le nord et croise  l'ancienne voie de chemin de fer Alençon-Mortagne-Le Theil, désormais  piste cyclable. Les   maisons des  garde-barrières sont  un témoignage touchant de  l'activité  humaine d'autrefois avant  le tout-automatisation !


Herbages et champs se succèdent. C'est  l'automne. Les  haies se révèlent génréreuses avec  les baies.



Ces mûres, belle  promesse de délicieuses gelées !

Et  les  prunelles,  horriblement acides; mais gamin, que  je me  plaisais  à  mâchouiller !

et  le gratte-cul ! Il  m'est arrivé  une fois d'en faire de  la gelée; tâche bien complexe  pour  un piètre résultat ! Le cynips, petit insecte,  amateur de rosacés, s'y est installé et a développé  une galle du  plus bel effet !

Au fur et  à mesure que  je  m'éloigne de  la  rivière Sarthe, les  près changent  imperceptiblement de physionomie 

Comme  j'aime  à le dire, ce  pays  devient "cheval" ! Non, nous  ne sommes  pas au Pin au Haras, mon  pays  natal,  mais j'arrive sur  le vieux village d'Essay, terre de  mes grands-parents et autre  pays de cheval avec  le superbe  haras du Bois-Roussel !

Essay, vieux village fortifié avec quelques belles demeures !

et celle-ci ! Beau  manoir  qui a, au début du  XXe siècle, a abrité  une gendarmerie ! Mon grand-père y a exercé sa fonction de gendarme  à cheval et  mon  père  y est  né comme toute  la fratrie ! Essay, c'est  mon autre  pays ! Les racines sont  puissantes !


Mon  père  à droite et un de  mes  oncles donnent  la  main   mon grand-père dans  la cour de  la gendarmerie en  1918 !

Je continue  ma route vers Bursard en  longeant  un des  plus  beau  haras  de  la région,  Bois-Roussel !!!


J'arrive  à Bursard avec son étonnant clocher d'église !

Je vais regagner  le  pays d'Alençon par  une  petite route comme  j'affectionne. 

Colchiques dans  les bois, c'est  le fin de  l'été...



Dans  une cour de ferme à l'abandon,  deux chânes de  lait ! Retour dans  mon enfance  où le  laitier ramassait  les chânes dans sa carriole ! Je suis si vieux que  ça,  ou  le temps s'est-il accéléré !!



je traverse  l'autoroute,  

une dernière  photo

Voilà mon  pays ! Le  plus beau  pays du  monde !

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Destin

Par Mustang - 26-08-2017 23:10:56 - 3 commentaires

Destin

Ce samedi de fin août, c’est  la reprise au  niveau des courses  locales. Certes, ce sont des courses au saucisson mais ô combien sympathiques. Le tendon toujours en délicatesse, je  me contenterai d’assurer  un reportage  photos  pour www.normandiecourseapied.com pour  lequel je suis  photographe  bénévole. Donc,  direction Vignats, aux confins de  l’Orne et du Calvados pour couvrir  les Foulées de  la grotte  à Jules. Voilà bien  un  nom qui vous transporte ! Le  Lutin que  j’avais entrainé dans ce  lieu  improbable y a raconté  un récit  à sa façon ! Mon épouse  m’accompagne ; elle aussi adore  les ambiances de course !

Arrivé  15 min avant  le départ,  je  me renseigne sur  le sens de cette course  de 10,3 km en  2  boucles sans difficultés sauf un  méchant trou qu’il faut remonter. Depuis que  je connais cette course en tant que coureur,  il  y  fait toujours  très chaud. Aujourd’hui, la température est de 25°, c’est raisonnable  mais  il fait  lourd comme  on dit  par chez  moi.  Je  me dirige vers l’entrée du seul chemin que  les coureurs emprunteront, chemin  orienté  pour avoir  le soleil dans  le dos comme  il se doit ! Un  bénévole est  à l’entrée du chemin. Je  lui demande  la  permission de  me garer  un  peu  plus  loin en  lui expliquant  ma venue. De suite, il me  précise que  lui, qui a fait l’Indochine et  le djebel,  on  lui demande de  mettre sa voiture en travers de  la route pour faire barrage à  toute tentative d’attentat ! Ici, en  pleine cambrousse ! Je  lui explique que  pour  moi aussi,  organisateur de  3 courses  à venir à Alençon,  la  préfecture  nous demande  la  même chose, camions pour sécuriser  les  points de rassemblements et véhicules des  bénévoles  pour barrer  les rues d’Alençon ! Mais  ici, dans la plaine de Falaise, la guerre, c’était en 1944, pas en 2017 !

Je  gare  la voiture en bordure de route et  nous revenons vers lui. C’est  un vieux  monsieur  mais  bien alerte et  l’œil  pétillant. Il a  85 ans ! Il a revêtu comme  se doit tout signaleur la chasuble  jaune. Il a envie de  parler. Nous avons  du temps  pour discuter. De suite,  il  nous  parle de son épouse,  de 9 ans  plus  jeune, atteinte de  la  maladie d’Alzheimer ! Il  nous  précise qu’elle  a « une poche »  depuis  l’âge de  61 ans. Il l’a  laissé seule ; il  habite  non  loin d’ici. Elle  n’aime  pas  la compagnie. « De toute façon, si elle a besoin de  lui, elle sait  où il est !  C’est comme  ça ! ». Nous  lui demandons s’il a des aides pour  les tâches  matérielles,  lui  indiquons que des associations  prennent  pour une  journée ces  patients  pour  permettre au conjoint d’avoir du temps  à  lui. « « Pfutt,  non,  elle  n’aime  pas les  inconnus, elle  préfère rester seule ! ». A  priori, elle reçoit cependant quelques visites  par semaine. Nous  n’en saurons  pas  plus. C’est alors qu’il nous  parle du destin qui  les a  frappés sans  ménagement. Leur fille est  morte  à  l’âge de 8 mois et c’est « elle » qui  l’a ramenée à  la  maison, nous  précise-t-il. Leur fils s’est suicidé  à l’âge de  19 ans  pour  dépression. Nous sommes atterrés. Et il continue en  nous annonçant que son frère et sa sœur sont  morts d’un cancer. « C’est comme  ça,  la vie ! ». Que dire  après cela ?

Nous nous éloignons sur  le chemin poussiéreux vers  le spot que  j’ai repéré. Préparer  mon appareil  photo et  les réglages oblitère ce que  je viens d’entendre.  Il fait  beau sans  trop de chaleur. Une  légère brise parcours  la  plaine. Je  me  poste  non  loin d’une  haie  bordant  un herbage  où paissent quelques vaches. La  lumière est  bonne,  la  perspective dégagée  par  le chemin et  la  haie vont donner du sens aux  photos que  je vais prendre. D’ici quelques  minutes,  les coureurs  ne vont  pas  tarder. Pendant  plus d’une  heure,  je vais les photographier. Plus de  1000 clichés et ce  n’est qu’une  petite course ! Ce soir,  à la  maison,  je vais  les trier.  Ce  n’est que sur  l’écran de  l’ordinateur que  je verrai pour  nombre d’entre eux, sur  leur visage, la souffrance de  l’effort, saisie en gros  plan.

A la fin,  nous retournons  vers  notre voiture. Le vieux  monsieur  nous a attendus  pour nous dire au revoir. Il sourit,  il a  passé  un bon  moment. Il sourit !


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Retrouvailles

Par Mustang - 23-08-2017 00:07:53 - 7 commentaires

Retrouvailles

Voilà près d’un an que  je  l’avais délaissé, mon VTT Scott ! Un an à rester  accroché  à son support dans  le  garage ! Certes,  je  l’avais  prêté à un  jeune du club  pour quelques sorties en forêt, mais avec  moi, rien ! Pourtant, avec celui-là, j’en ai fait de belles sorties, voilà déjà des années. Il avait succédé  à  un Lapierre, excellent  lui aussi. Mais voilà,  les circonstances  ont fait que  j’ai préféré  la route  depuis quelques années avec  un autre Scott,  un très  bon routier. L’âge avançant, je  me sentais  moins vaillant sur  un VTT. Certes,  un coude, un  poignet,  un sternum et quelques côtes fracturées m’ont rendu  moins hardi  sur  les sentiers.

Ce  mardi d’août,  il fait  très  beau ! Un tendon d’Achille un  peu délicat me  prive  de courir. Passé  62 ans, je  me sens toujours en forme pour  l’exercice  physique ! Bien sûr,  je  ne suis  plus  à la recherche de  la  performance ! Mais  bouger  m’est  indispensable. Je repense quelquefois à tout ce que  j’ai accompli en course autrefois ; ce fut  une formidable aventure qui  m’a fait aller  à la rencontre des autres et de  moi-même. J’ai  lu sur  le blog de  Kikouroù que certains âgés de  50 ans se désespéraient de  ne  plus  pouvoir courir, de  ne  plus  être  performants, d’être handicapés par  telle ou telle blessure. Oui,  au fur  et  à mesure que  l’âge avance,  il faut accepter  les défaillances de son corps,  mais tant qu’on  peut  bouger, tant qu’on  peut  bouger,  il reste  tant de choses  à faire ! C’est peut-être un  passé glorieux qui  permet d’avancer, autrement,  plus fort, plus déterminé. Ne  pas renoncer, ne  pas abandonner !

Alors, ce  matin, j’ai retiré  les  pédales automatiques pour  mettre des pédales  normales, changé  une chambre  à air, graissé par-ci,  par-là. J’ai attendu  un  peu,  hésitant, comme  l’autre  jour en Vanoise avant de  me  lancer dans  une via ferrata avec les  jeunes ! J’ai vraiment attendu… Il faisait  si beau. Je suis  monté sur  mon Scott, tout surpris de retrouver sa souplesse, pour  ne  pas dire son élasticité, habitué  à la rigidité du cadre route !



J’ai  l’itinéraire en tête, rien de compliqué  mais  un beau  parcours en perspective cependant. Sur  les  premiers  hectomètres, sur  une sente du village,  je  me refamiliarise avec  le  passage des vitesses, différent de  mon troisième Scott, celui  qui  me sert pour  vadrouiller en ville ! Je suis  heureux de sentir cette  monture souple sous  moi. A  la sortie du village,  j’emprunte  un itinéraire qui va  me conduire en forêt d’Ecouves, composé de trois chemins  bien différents. D’abord  un chemin très étroit bordé de  haies, caillouteux  à souhait,   puis  un  passage en  plaine  ouverte, et  à  nouveau  un chemin bordé  de  haies,  mais  plus  large. Le  premier est coupé  par  un ruisseau  à sec,  passage que  je sais délicat  à négocier car suivi de  racines saillantes et de  pierres. Raté,  je suis  obligé de  mettre  pied  à terre car  je suis trop descendu dans  mes vitesses et  plus d’accroche  pour  négocier  la difficulté. Je repars et reprends contact avec  la réalité d’un  méchant chemin caillouteux qui s’obstine  à me faire dévier du droit chemin ! Je commence  à retrouver des réflexes de  pilotage. Le  passage dans  la  plaine  ouverte est sans difficulté, simplement  le  plaisir de rouler dans  un chemin  herbeux.


J’arrive dans  un faubourg de Radon,  la  petite route qui  mène en forêt est droit dans  le  pentu ! J’apprécie  le triple  plateau ! Une fois en forêt, j’oblique  à  gauche vers  une sommière large. Elle  monte  insidieusement ; après  un virage, la  pente se relève. Je  mets  pied  à terre. Autrefois,  je restais en selle. Et alors !  Vingt  mètres  à pied  puis  je remonte sur  le vélo  pour atteindre  le sommet. Je  prends  à droite  une sente étroite dont  toutes  les  imperfections se transmettent dans  mes bras et  mon dos  par  la suspension du VTT. Je  jubile de ressentir  à nouveau ses tressautements.  Je continue  à grimper par  un sentier traversé de racines  plus  ou  moins saillantes. C’est  un chemin que  je connais  parfaitement. Là encore,  je retrouve ce  plaisir de choisir ma voie en fonction des difficultés du terrain.  Un épaulement du terrain  me  fait remettre  pied  à terre. Cela va  me  permettre aussi de retrouver  mon souffle.  Je traverse  le chemin de  la  Messe  pour continuer vers  l’Ouest par  un chemin  ludique.  Il grimpe doucement  pour descendre   rapidement vers  un  petit  marigot,  à sec en cette saison. Certes,  je  ne  vais  pas  le dévaler  à fond  mais avec de bonnes sensations  en  jouant des freins  pour  négocier  le  passage de racines  ou de petits rochers.



A  un croisement,  j’aperçois  un traileur  mais  je continue  mon chemin,  j’ai repris de  l’assurance et négocie la  prochaine côte sans  problème. La forêt est  magnifique. Je  me sens  particulièrement  privilégier d’évoluer seul dans  cet  univers serein. Une  nouvelle sommière  puis  un chemin torturé  par  les forestiers  pour amorcer  un retour vers Radon. Quelques  petites difficultés  que  je suis  heureux de  passer sans  problème parsèment ce  parcours.  Je croise  la route du champ de tir pour retrouver  un chemin qui va  m’amener dans  une  longue descente très technique. Ce sera  un  peu  à la  pépère ! Un  long chemin transversal,  un  petit  passage technique et  je descends  par  le chemin des Chèvres. Je quitte la  pénombre de  la forêt  pour retrouver  la  lumière d’été qui  inonde les prés bordant  un chemin campagnard. Le retour se fera  par  le  parcours de  l’aller. Cette fois,  je  négocierai  le  passage du ruisseau correctement ; à chacun ses victoires ! Seules, les ronces se vengeront en s’accrochant  à  mes  bras,  provocant des saignements impressionnants, étant sous anticoagulant !


Je rentre sur Damigny dans  un état euphorique, heureux d’avoir retrouvé des sensations que  je croyais disparues. Certes, ce fut  un  petit  parcours de  25 km en  2 heures ; qu’importe,  le  plaisir a été total ! Je  raccroche  mon VTT en  passant  ma  main sur  le cadre, comme  j’aurais  pu  le faire dimanche dernier  à Deauville sur  l’encolure d’un cheval !

Demain, c’est chimio, car  l’autre  n’abandonne  pas,  loin de  là ! Mais,  jeudi, hum,  une sortie VTT serait bien  à l’ordre du  jour !

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L'homme assis sur un banc

Par Mustang - 18-05-2017 18:07:47 - 13 commentaires

L’homme assis sur  un  banc

Ce vendredi, la  lutinmobile file sur  l’A11 en direction de  Dourdan.  Je suis  passager avant. La discussion est animée au sujet de ce qui  nous attend demain, sur  le Champ de Mars. Les  occasions d’être  passager d’une voiture sont rares  pour  moi, aussi,  je  profite de ce moment  privilégier pour  observer  le  paysage, de saisir  parfois des visions enchanteresses  qui  pourraient cependant  paraître à bien d’autres anodines. Je  me repais de ces  moments fugaces. Je suis dans  l’instant.  Je vis  l’instant  pleinement, sans retenue. Pas de retour vers  le  passé,  le  présent uniquement, le futur  à peine effleuré. C’est la construction  mentale que  j’ai établie avec  l’aide de  mon psy pour combattre  mon ennemi intérieur. Donc,  je  n’ai aucune appréhension  pour ce qui  m’attend demain.

Certes, cette  nouvelle édition de  la NFL in Paris  est  un nouveau défi que  je  m’impose. j’ai  participé  à l’édition de  l’an dernier et  j’en  garde  une  impression énorme  même si  la  nuit fut rendue difficile  par  le froid. Cela  peut  paraître troublant d’aimer courir en rond sur  un circuit  de 1,3 km tout au  long de  24 heures,  mais  je trouve ce rythme cadencé attractif, voire fascinant, procurant un réel vertigo. C’est ce sentiment que  j’ai ressenti, de  manière plus intense bien que plus bref lors de mes tours de cour dans  la  centrale  pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe pour  le Téléthon. Et puis,  j’adore courir  la  nuit !

L’an dernier,  j’avais  une bonne forme  mais  la stratégie de course avait été désastreuse. Là, comme  je vais courir « seul », je vais  pouvoir  m’assumer et respecter  le  plan que je  me suis fixé : 50 à 55 min  d’effort,  5 à 10 min de repos. Je  pars  dans  l’inconnu, et avec  un avis  médical défavorable.  Je suis en  pleine cure de chimiothérapie, mon oncologue  m’a  mis en garde sur  les risques que  j’encourais  pour  mes reins et  mon foie, avec  notamment  une chute du taux de  globules rouges et blancs. Cependant,  les effets délétères de  la chimio que  l’on m’avait annoncés  ne sont  pas  là, sauf  la  perte de cheveux ! J’ai couru, voilà  trois semaines un  petit  trail particulièrement technique et tout s’est très bien  passé. Mais là,  il s’agit d’autre chose ! J’ai un  peu d’appréhension. Il va faire chaud et  je crains  la déshydratation. J’ai amené avec  moi des bouteilles de St-Yorre pour  pallier  mes  pertes  hydriques. Outre  le ravitaillement de  l’organisation, cela va-t-il suffire ?

Après  une soirée sympathique dans  une  pizzéria de Dourdan et  une  nuit calme, c’est  un réveil vers  6h30. Ma tenue sera simple,  un short court et  le  maillot, le buff et  la casquette  aux couleurs de Kikouroù. J’ai  prévu une grosse valise avec  nombres de  t-shirts, shorts et vestes de  pluie au cas où la  météo annoncée se révélerait exacte. Il  n’en sera rien ! J’ai  mon duvet et  un  matelas car nous  ne disposerons  pas de  lit de camp dans  la tente des Kikous, contrairement  à l’an dernier ! Et mes Bolino !

Il  n’est  pas  9 h quand  nous arrivons Place Joffre, en face de  l’Ecole Militaire. François,  notre chauffeur  ne  prend  pas de risque et se  gare sur  le  parking attenant,  à moins de  20 m de  l’entrée. Le retour  n’en sera  que  plus aisé dans  un  peu  plus de  24 heures ! La disposition  générale est restée  la  même, seul l’emplacement des tentes dédiées  a été  modifié, ainsi celles destinées au repos des coureurs est  à l’opposé de  l’an dernier. Je  passe  le contrôle d’entrée. La  préposée  me demande d’ouvrir  ma grande valise : devant  l’ampleur d’une éventuelle fouille, elle se contentera de  me demander si  j’ai de  l’alcool ! Et non ! Je retire  mon dossard des  24 h. Nous sommes  103 inscrits contre les  39 de  l’an dernier. Je file  poser  mon sac dans  la tente de Kikouroù signalée  par sa célèbre  bannière. Elle est bien triste cette tente : quelques sacs entassés dans  un coin,  3 chaises et  une table avec des restes alimentaires,  une bouteille d’alcool vide – le contrôle  n’a pas été strict ! – et  quelques bouteilles de bière. Personne  n’y touchera durant ces  24 h à venir; il faut dire que  ces bières sont  loin d’être  à température idéale  pour  les  consommer ! Je fais connaissance ensuite avec  les toilettes sèches qui vont rebuter  pas  mal de  participant(e)s ! Ensuite, nous nous retrouvons sur  l’esplanade aménagée. Des  petites  tables et des chaises de  jardin sous des  parasols  font face  à la  grande scène. L’écran géant est situé  à l’entrée, bien visible  pour suivre  la  progression des coureurs en direct. C’est  une disposition bien sympa ! Nous retrouvons Katia,  ma traileuse au  long cours du club à qui  j’ai imposé  la semaine dernière  un  400 m pour  le  premier tour des Interclubs. Namtar  nous rejoint ! Dans  l’attente du départ, nous regardons  passer une foule  en  mouvement  particulièrement  hétéroclite : des coureurs rapides, des  marcheurs,  des  jeunes, des  moins  jeunes, des  kikous ; la flamme  kikou passe  à toute allure ! A quelques  minutes des  10 h, l’organisateur nous rassemble et  nous donne des consignes. A vrai dire,  il  n’y a pas  grand-chose à dire,  il suffit de tourner !


Je  ne ressens aucune appréhension, fini ce stress intense qui  me saisissait autrefois au départ des courses,  juste  une exaltation de  bon aloi ! 10 h,  un coup de feu  nous  libère. D’emblée,  je  prends  mon allure à 8 - 8,5km/h. Je n’y dérogerai  pas tant que  je courrai.  je fais  comprendre  à Katia qui  veut  m’accompagner qu’elle a  mieux à faire que de suivre ce rythme  lent qui  lui  ne convient  pas. Nous sommes  nombreux sur cette  large allée qui nous conduit vers  l’esplanade de  la tour Eiffel. Et de cette foule en  mouvement, émane  un sentiment de bonheur et de  joie. C’est  une évidence  pour  moi, c’est ce que  j’en  perçois, c’en est agréablement surprenant. Je retrouve avec amusement  les  passages en  pavés pour  l’instant  anodins  mais je sais que,  bien avant  le terme des  24 heures,  ils seront de  plus en  plus  pénibles  à franchir.  Je débouche sur  le trottoir  bordant  l’avenue Joseph Bouvard il  n’a pas été refait depuis  l’an dernier ! Il a gardé ses  mêmes  imperfections. Les cars  déversent  leurs cohortes de touristes. Puis c’est  le sas de contrôle. Je suis attentif au signal sonore des détecteurs mais  nous sommes tellement  nombreux  à cet instant qu’il  m’est  impossible de savoir si  ma  puce fonctionne  bien. Aussitôt après, sur  ma droite,  je remarque  un  homme assis à l’extrémité d’un banc,  une énorme valise  posée debout à ses côtés. Il regarde droit devant  lui.  Ce  n’est  pas  un touriste. Il attend.

A  l’extrémité du trottoir,  nous reprenons  l’allée après avoir contourné les  plots. Il me semble que cette allée est  légèrement descendante. Là-bas,  un peu de rubalise et  nous  pénétrons dans  l’enceinte. Là encore, trop de  monde,  mon  nom ne s’affiche  pas sur  l’écran. Ce sera qu’bout de  3 ou 4 tours qu’il apparaîtra enfin. Mais avec  mon GPS,  je verrai qu’il me manquera  2 deux tours ! Voilà ce  premier tour achevé. Il  ne reste  plus qu’à se  laisser  porter ! Nous  nous saluons entre  kikous. Je blague avec d’autres. Certains viennent  à mes côtés  pour  prendre de  mes  nouvelles ou pour  m’encourager, ce que  ne  manquera  pas de faire tout au  long de ces  24 h, Steph particulièrement. Bientôt  1 heure de course,  je vais  à la tente boire ma St-Yorre. Certes,  j’aurais  pu  mettre  mon eau dans  la tente de ravitaillement mais  je  préfère aller tranquillement en  marchant, cela  me  procure  une bonne  récup dans  le calme. Les tours s’enchaînent. Beaucoup de  monde, des enfants, les  joëlettes. Dans  l’après-midi,  les touristes sont toujours aussi nombreux sur  l’esplanade.  Je regarde, amusé, ceux qui  prennent  la  pose en écartant  les bras comme s’ils tenaient la tour entre  leurs mains devant  l’objectif du  photographe.  Ils sont assaillis  par  les vendeurs  à la sauvette de tours Eiffel  de  pacotille et de foulards  imprimés des  monuments de Paris. L’homme est toujours assis  à l’extrémité de son banc. Il  n’a pas  bougé.  Seul  humain immobile dans cet endroit si  animé. Cette  immobilité  interpelle. Je  ne croiserai  jamais son regard. Il est  là à fixer je ne sais quoi,  à attendre  un futur qui  ne viendra peut-être pas. Pas  besoin d’être grand clerc pour reconnaître en lui  un réfugié clandestin.

L’après-midi s’écoule tranquillement. Je  m’arrête comme  prévu toutes  les  50 min. Je  me restaure  au ravitaillement des  24 heures,  l’offre est  plus chiche que  l’an dernier. Mais ce sont  les  mêmes  bénévoles que  l’an dernier, elles  ont gardé  leur chaleur à regonfler  le  moral d’un coureur défaillant.  Vers  le  milieu de  l’après-midi, alors que  je  pénètre  à nouveau dans  l’enceinte,  j’entends  mon  prénom.  Quelqu’un  m’interpelle. Je  ne reconnais  pas  cette voix à l’accent  prononcée du Sud. Je  m’arrête cependant et  j’aperçois trois  jeunes vêtus du  maillot bleu de Siemens venir vers  moi. J’ai tout de suite compris.  Il s’agit des  jeunes collègues de  mon fils qui  bossent  pour cette entreprise  à Lyon.  Ils savaient que  j’étais  là et  guettaient  mon nom sur  le  tableau d’affichage. Je suis  particulièrement ému  par cette rencontre aussi  inattendue que  chaleureuse. Oui,  je suis bien  le  papa de Romain, oui, il me ressemble ! Bien sûr, nous nous empressons de faire  une  photo souvenir qu’ils vont adresser  à mon fils qui en sera tout étonné.  Nous échangeons quelques  instants. Ils sont  là depuis vendredi. Siemens est  le sponsor principal de  la NFL. Aussi, cette  entreprise  a  invité tous ses employés  à  participer  à cet événement. Mon fils a décliné  l’invitation ; récent  papa, il a de quoi s’occuper ! Je retrouverai David et Anne sur  le  parcours où nous ferons ensemble  un tour en  marchant. Je ne sais  pas vraiment  pourquoi,  mais cette rencontre m’a  procuré  une  joie  intense.


La fin de  journée approche. Tout va  bien. Je  ne ressens aucune fatigue  malgré  la chaleur. J’ai bu énormément. J’ai transpiré énormément, surtout de  la tête. J’en suis  à ma quatrième casquette, une UFO ! Malgré cette transpiration intense,  je  pisse ;  mes  urines sont de couleur  normale ce qui  me  rassure sur  l’état de  mes reins. Au ravitaillement,  je  mange des  bananes, des Tucs,  des morceaux de  gâteaux, du saucisson quand  il y en a. Il  y a de  l’eau gazeuse et du coca chaud  light ! Je vais chercher  mes  pâtes Bolino. De  l’eau chaude et  je vais  m’assoir sous  un  parasol en attendant qu’elles soient  prêtes.  Pas de  gastronomie mais  un bon  moment. J’allonge  mes  jambes  pour  les détendre. Je regarde  passer la foule bigarrée, quel spectacle. Le spectacle est aussi sur scène  où des  groupes  musicaux se succèdent. Je reprends  ma course toujours  au  même rythme. De  l’autre côté,  je suis  interpellé  par  un  jeune qui  me demande si  je fais le  marathon de Paris. Non,  je  participe  à un  24 h. Il  me  jette alors  un regard du type «  oh, celle-là,  on  me  la fait  pas ! ». Je  lui  montre alors mon dossard  où est mentionné  le  « 24h » et  lui indique qu’il  me reste encore  15 heures de course. Je  le  laisse dans son  état d’incrédulité totale ! L’homme  n’a  pas  bougé. Il est  là,  immuable. J’ai  honte de  mon  indifférence. Comme  j’ai  honte à la vue de ces vendeurs africains de tours Eiffel, c’est tout ce que  notre société  a  à leur proposer…

Avec  la venue du soir,  la température fraichie légèrement. Je  vais enfiler un t-shirt  manches  longues. Les  kilomètres s’accumulent. Les rangs des coureurs commencent  à s’éclaircir. Je croise régulièrement Le Lutin et sa Josette dans  leur  nordique  marche. De  même notre monitrice Annick qui affiche un enthousiasme  non dissimulé ! Namtar que  j’ai vu  lentement faiblir   a jeté  l’éponge. François  me confie qu’il a  un coup de  mou. Caro caracole !!! Le  jeune Vik à la foule aérienne  poursuit sa course torse nu ! Avec  la  nuit, le  public sur  l’esplanade change. Ce  ne sont  plus  les touristes mais bientôt  les fêtards de tout poil qui animent  le trottoir.  Mais  l’homme est toujours assis sur son banc. Je  passe  les  80 km  vers  minuit. Cela  m’ouvre des  perspectives. J’envisage  alors un 100 km, ça serait vraiment  inespéré  pour  ne  pas dire  incroyable ! J’alterne désormais  marche et course. J’ai  pris  un  blouson  léger. Il  me suffira  pour  la  nuit. Nous sommes  loin de  la  nuit glaciale de  l’an dernier.

Le  peloton s’est considérablement étiolé. Cela a  l’avantage alors de  pouvoir mieux discuter avec des  participants, connus  ou  inconnus.  Ainsi,  je  peux  prendre  le temps de discuter avec Mickey49, avec Steph.  J’accompagne  un coureur du  24 h qui  me semble en déshérence. Il souffre d’un  mal de ventre tenace. Je  lui conseille de  marquer  une  longue  pose. Il  le fera,  je  le retrouverai  assis  sur  une chaise de  jardin. Il  n’a rien  pour se  protéger du froid. Je  ne reverrai  plus  par  la suite.  Un coureur a embarqué son  petit chien dans cette aventure circadienne. Il a  prévu un sac  banane  pour  le transporter !  Le  Bagnard  promène son boulet dans  une  poussette. Il devait  être dans  les  1 ou 2 heures du  matin quand  une  personne d’un certain âge, bien de sa  personne,  m’aborde  et  me demande le  pourquoi de  notre  présence. Et c’est en cheminant sur quelques dizaines de  mètres que  je  lui explique  le  principe de  la NFL, son but caritatif. Je  l’invite  à revenir avec ses enfants  ou  petits-enfants faire quelques tours  pour  la  bonne cause. Cependant, quand  je  lui ai expliqué que  je courais  pour  le Samusocial de Paris, elle  n’a  pu s’empêcher d’esquisser  une  moue dubitative !

La  nuit continue, je  me sens  bien, pas de fatigue,  pas de ressenti de sommeil. L’homme a quitté son banc ! Oh,  il  n’est  pas  parti,  il s’est simplement allongé sur  un banc  plus en retrait  pour dormir, sa valise  à sa  tête.

Je suis étonné de voir des Joëlettes au  milieu de  la  nuit avec  leurs équipages enthousiastes ! Tout comme  je suis étonné de voir  des rats filer entre  nos  jambes dans  l’allée ! Ce  milieu de  la  nuit est  pour  moi l’instant  le  plus décalé,  le  plus  improbable que  l’on  peut ressentir dans ce type d’événement. A  un  moment, des bénévoles assis sur  les chaises devant  la scène acclament  par  les coureurs en scandant  leur  prénom qu’ils  ont  lu  sur  l’écran !   Je  prends  des cafés avec des tranches de saucisson assis  à la terrasse en regardant  passer  les coureurs. Un régal ! J’y retrouve  à plusieurs reprises  mes compagnons d’Ecouvie. Les  heures  passent. Le ravito  propose parfois des  moments surprenants. Ainsi,  j’aurais  pu déguster au  milieu de  la  nuit des Paris-Brest. Je  n’ai voulu tenter cette aventure,  je  pense que  j’aurais été  moins ferme avec  moi concernant  les éclairs au chocolat qui  me sont  passés sous le  nez.  Par contre  la soupe, bien que  nécessaire, est d’un salé ! Il  n’est  pas encore  5 h que  les oiseaux commencent  leurs raffuts. J’ai passé  les 100 km. J’entrevois alors  l’inimaginable,  la  barre des  120 km. Je  m’embrouille dans le compte  les tours qui  me restent  à  parcourir si  bien  que  je vais me contenter d’avancer et de regarder  ma  progression sur  l’écran. Le  jour se  lève. Une agitation fébrile règne sur  le secteur,  non  pas dûe  à notre  présence mais  par des  préparatifs de festivités. Du côté de  l’Ecole Militaire, ce sont des grandes  manœuvres  pour mettre en  places des  podiums, des  barnums, des oriflammes pour  une fête  qui va rassembler  la communauté juive de  la capitale. De  l’autre côté, ce sont  les services  municipaux qui s’activent  pour retirer  les  barrières qui  protégeaient  les  gazons du Champ de Mars,  pour  vider les  poubelles et ramasser toutes les  ordures  laissées par  les fêtards de  la  nuit, ceci en prévision de  la visite des  officiels du CIO. L’homme est revenu sur son banc. Je  l’ai vu dialoguer avec quelqu’un.


Bientôt  8 h,  j’ai vu  ma  marque sur  l’écran,  l’appétit vient en marchant. Le  120 est  jouable. Cependant,  il faut que  j’accélère  mon rythme. Je vais  à la tente  pour  me changer  une dernière fois et  me oindre  les  pieds. Tout  à l’heure,  j’ai eu  les doigts qui  ont gonflé. J’ai trop  bu ! Pendant  une demi-heure, tout en  marchant,  je vais masser  mes doigts afin de faire disparaitre cet  œdème.  J’avance,  les autres aussi. Steph a  lâché  prise sachant sa  marque  à 220 km  inatteignable. Le  Bagnard a troqué son  boulet pour  un petit chien dans sa  poussette, Vik au  pied léger  poursuit sa course rapide. Katia a  son  150 km en vue ! L’exaltation  m’envahit.  Dans  la dernière  heure, je suis dans  la dernière  heure. J’ai  une  marge de  plus de  20 min  pour boucler  mes  120 km. Confortable ! Si  bien que  je  me  mets  à l’abri quand  la  première  pluie s’abat sur  la course. Je repars en  prenant  ma marque en bois pour  un dernier tour. Je serre dans  ma  main ce ridicule  morceau de bois avec émotion. Dernier tour accompli, bientôt  10 h. Je continue  pour quelques centaines de  mètres dans  l’attente du coup de  pistolet. Et à ce son  libérateur,  je ressens à  nouveau ce sentiment d’immense  plénitude que  j’avais éprouvé  l’an dernier. Juste  pour ça,  pour ce défi,  pour cette  lutte avec  mon ennemi intérieur,  pour ces  immenses  moments de vie. Merci à tous ceux qui  m’ont encouragé,  pour ces  moments de  partage.

Pendant tout ce temps, un  homme est assis sur  un banc*.

 

 

*Mickey49 nous apprendra  par  la suite qu’il a  pris  un bus avec  un groupe  pour  une destination  inconnue

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Escort boy

Par Mustang - 10-02-2017 21:18:03 - 4 commentaires

Escort boy !

Parmi  les  nombreuses fonctions que  j’exerce au sein de  mon club et auprès de  la FFA,  je suis escort boy… euh,  pardon, escorte  pour  le contrôle anti-dopage.

J’avais suivi  une formation  théorique  l’an dernier avec  des représentants de  l’AFLD,  l’Agence française de lutte contre  le dopage. Jusqu’à  ce dimanche,  je  n’avais  pas  pu  mettre en  pratique la  procédure que  j’avais apprise. Dans  la semaine  précédente,  j’avais reçu  un  mail  précisant  mes fonctions sur cette compétition de cross : juge aux arrivées et escorte pour  le contrôle antidopage.

La veille au soir, j’étais  juge sur  le concours  longueur d’un meeting  international d’athlétisme (Je suis  juge fédéral sauts),  aujourd’hui  me voilà escorte !  Va  pour  une  nouvelle expérience. Cependant,  rien  n’est  sûr. Comme tout  organisateur doit  le  prévoir,  il faut  mettre en  place toutes  les conditions pour effectuer  un contrôle antidopage sans savoir si celui-ci aura  bien  lieu ;  le secret est de rigueur :

- Les  lieux avec  une salle d’accueil  pour  les athlètes, des salles  pour  les  médecins et des  toilettes F et H

- Le  personnel avec des escortes  femmes et  hommes en  nombre suffisants, de  préférence  licenciés FFA.

Je suis sur  le terrain depuis  9 h,  je  m’occupe des dossards  des  minimes  pour  les Intercomités et  ils viennent au compte-goutte les chercher, grrrrrrrr !. je  n’ai pas  trop  le temps de voir  à la fois  mes athlètes  à la tente du club,  ni de voir  les  premières courses. 14 h 30,  mon  téléphone sonne. Réunion des escortes ! Le contrôle  a  bien  lieu ! Nous  nous réunissons tous,  les escortes et  les  délégués de  l’AFLD. Petit  rappel sur  notre fonction en  mettant  l’accent que  nous devons  pas quitter  l’athlète désigné sans  le  gêner  pour autant,  comme aller sur  le  podium  ou répondre aux  journalistes.  Je reçois  le feuillet de  prise en charge de  l’athlète avec son  nom. Dans  un coin, son  numéro de dossard.  Les filles sont déjà  à l’œuvre  pour  la course Elites Femmes.

Voilà  la dernière course, celle des Elites  hommes. Je  me  place avec mes  petits camarades au bord  la  piste afin de repérer mon athlète. Six seront contrôlés ce  jour-là,  3 « ciblés » et  3 au  hasard. Première  petite boucle,  le  peloton est compact,  je  n’ai rien vu ! Deuxième  boucle,  la moyenne, le peloton s’est étiré,  les cadors devant. Le  mien, c’est  un cador ! Donc ça  va être facile de  le repérer. Euh, encore rien vu,  j’attends  le retour des coureurs sur  le deuxième  moyenne boucle quand  on vient  m’avertir que  mon  athlète  a abandonné sur  blessure! Oups ! Peu  importe,  même s’il a abandonné,  je dois  lui signifier  le contrôle. Je  galope vers  les tentes des clubs. Si certaines affichent  le  nom du club,  la  plupart est sans  indication. Me voilà   à l’entrée des tentes demandant si c’est celle du club de  mon athlète….  j’ai dû en faire  plus de vingt avant de tomber sur la bonne. Monsieur  untel est-il là ? Non,  il s’est  blessé,  il vient de repartir. Ah ! Cependant,  on  m’indique quelqu’un à une vingtaine de  mètres. Je  le rattrape,  lui demande son  identité. Il s’agit bien de  mon athlète. Je  lui  indique alors qu’à partir de cet  instant, il fait  l’objet d’un contrôle antidopage. Sur  le feuillet,  j’indique  l’heure et  il  impose sa signature. Je  lui remets le dernier  feuillet de  la  liasse. Je  m’assure qu’il a  une  pièce d’identité sur lui. Il  ne  manifeste aucune contrariété. Il souhaite simplement rejoindre son épouse venu en spectatrice.  Je  les ramène a à la salle d’accueil. Madame restera dans  le  hall, au chaud. Je  m’assure qu’elle  n’a  besoin de rien.

Je  le conduis dans  la salle d’accueil des athlètes qui est  bien remplie avec  les trois féminines, les cinq autres garçons et  leurs escortes. De  l’eau en petites bouteilles scellées est  à leur disposition. Je remets  au délégué  la  liasse du  procès-verbal. Des escortes accompagnent des athlètes  pour  les  podiums, d’autres  pour aller chercher  une  pièce d’identité. L’ambiance un  peu tendue au début  va se décontracter au fur et  à mesure car aucun de ces athlètes  n’a envie d’uriner ! L’attente commence. Les  médecins conseillent de boire  par  petites gorgées mais  pas  plus de  0,50 cl à 1 l car il  ne faut  pas  que  l’urine soit trop diluée ! Donc, c’est  une  papote sympa  qui s’installe avec ces athlètes qui sont des champions,  les  médecins,  les délégués et  nous. Ce sont  les filles qui vont  gagner  au  petit  jeu du  premier  pipi. Les  garçons  prennent cela  à la rigolade. On  les emmène dans  le couloir  pour  marcher  un  peu,  prendre  l’air dehors ! Patience.  Nous  leur demandons de temps en temps s’ils se sentent  prêts. Il  faut savoir que  le  médecin doit  observer  l’athlète en train d’uriner dans  le flacon. Un  nous dit que cela  le  gêne. Il  préfèrerait se  mettre  complètement  à poil et  pisser tranquillou,  mais se savoir  observer en train de  pisser… ! Cependant, un  à  un,  ils vont  pouvoir remplir  leur flacon. A  la sortie des wc,  ils  brandissent victorieux  leur flacon faisant  la  nique  à ceux qui sont  toujours en attente du  bon vouloir de  leur vessie ! Le  mien a  terminé  mais  je dois attendre  mon camarade de club qui n’en a pas fini avec  le sien.   Voilà, il est  18 h 30, soit  près de  2 heures après  l’arrivée de  la course que  les  opérations se terminent. Les accompagnateurs qui attendaient  leurs athlètes vont enfin  pouvoir repartir, certains  ont  plus de  5 heures de route pour rentrer !

Pour  moi et  mes collègues de club,  une  longue  journée mais une belle expérience acquise !

Mustang

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Ma première fois

Par Mustang - 03-11-2016 15:46:20 - 9 commentaires

C'est  une chose pour laquelle  je  n'ai  pas eu l'occasion de vous  narrer. Le Lutin connaît bien  mon côté  pudique,  lui qui aime me raconter des  histoires  bien salaces juste  pour  me faire rougir ! Il en va de  même  pour  mes sentiments que  j'ai du  mal  à exprimer.  Enfin,  je vais vous raconter  ma  première fois. En fait,  il  y en a eu deux mais avec  la  même  personne !

La  première est arrivée ce jeudi matin,  jour de rentrée scolaire après  les vacances d'automne à Montpellier. J'ai  pu accompagner  mon  petit-fils  à l'école ! Cela  ne  m'était pas  jamais arrivé avec  mes  trois  enfants. Etant enseignant et directeur d'école, il m'était bien sûr  impossible de  les conduire  à l'école, même quand  ils ont été dans  ma  propore classe ! Jamais eu ce  moment émouvant de  les conduire  pour  leurs  premières rentrées, d'attendre avec les autres  parents  l'ouverture des grilles, de rencontrer leur enseignant dans  la cour ! Là, depuis  une semaine,  mon épouse et  moi sommes  à Montpellier  pour  garder  notre  petit-fils.  Ce  matin, c'est donc branle-bas de combat pour cette rentrée d'automne. Tout est  prêt,  le  petit sac  à dos,  la  pochette de  l'école avec les travaux du  mois  passé. J'ai bien  la carte de cantine. Il est  8h25, en route ! L'école  n'est pas  bien  loin,  à peine  300 m  à  pied. Marcus  nous conduit à travers  les allées de  la résidence pour rejoindre  la rue. En chemin,  tenu par  la  main  par  nous deux,  il s'amuse  à enjamber des crocodiles  imaginaires sur le trottoir. Arrivés au carrefour,  nous attendons que  le feu piéton passe au vert en compagnie d'autres  parents avec  leurs enfants. Dans  la rue, c'est  un peu  le bazar avec des voitures garées n'importe comment. Nous arrivons enfin devant  la  porte de  l'école. Mais  il faut attendre  8h35,  heure d'ouverture réglementaire ! Des  mamans, quelques  papas accompagnent  leurs enfants. Voilà,  la  porte s'ouvre.  Un  peu de bousculade avec  les  poussettes,  les  petits avec  leur vélo,  leur  trottinette qu'ils conduisent au  garage au vélo en passant  par ce couloir ! Nous restons sur  le côté afin de  pointer pour  la cantine ! Voilà, Marcus  nous conduit  par la  main vers sa classe.  J'en suis tout attendri; quelques petits  ont  les  larmes aux  yeux. Il faut  monter  à l'étage pour rejoindre sa classe. Dans  le couloir, en face, les  patères avec une étiquette  à son nom. Nous  y accrochons sa veste et son  petit cartable. A  peine entré,  il file vers  une  table pour  jouer sagement avec quelques  objets. Nous saluons  la  maîtresse en nous  nous présentant. Nous échangeons quelques  mots avec elle mais  nous  ne  pouvons pas  nous attarder ! Un gros bisou à notre  petit-fils et  nous quittons  l'école. Beaucoup d'émotions pour ce bref  moment !


L'autre  première fois  a eu  lieu dimanche,  à l'arrivée de  la course  du "Tiers de Marathon" de  Lavèrune. Mon  petit-fils  m'y attendait. Quelle fierté  pour lui comme  pour moi de franchir  la  ligne d'arrivée ensemble pour  la  première fois !

Des  moments simples qui comblent  une vie !


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10 h 04

Par Mustang - 16-04-2016 01:01:58 - 4 commentaires

Je  n'ai  la  ver... heu la verve du Lutin,  mais  j'ai réussi  à écrire  un récit sur  ma NFL. Cela faisait bien longtemps que  j' en avais écrit  un, c'est ICI

C'est le  80e  !


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L'extincteur n° 93

Par Mustang - 05-03-2016 00:10:34 - 13 commentaires

L’extincteur  n° 93

Il doit  être  11 h 20. Je suis au  troisième étage du centre Jean Bernard. Je  viens de  subir  la 4e scintigraphie en  6 mois. Je suis arrivé  à 8 h  pour  l’admission. Je suis déjà passé  par  la case scan ! Là, dans ce couloir,  j’attends l’entretien avec  le radiologue. Je  n’ai rien avec  moi,  j’ai tout laissé dans  le  petit salon où j’ai  pris tout  à l’heure  mon  petit déjeuner. L’infirmier qui va m’accompagner toute la journée a demandé  à Mireille de rester dans ce salon. Je sais qu’elle va s’y  morfondre. Pas de  bouquin,  pas de smartphone,  même  pas de  mots fléchés ! Je suis en t-shirt avec  juste  un  pull jeté sur  les épaules… et  mon jean ! Rien donc.  Je connais  par cœur ces  lieux.  Ce  n’est  pas vraiment  une salle d’attente,  plutôt un couloir qui se termine par  un espace donnant sur  une baie vitrée. Je me suis calé sur  une chaise face à ce couloir. A ma droite, se trouve la salle d’injection des isotopes radioactifs. Le  protocole est toujours impressionnant, notamment avec cette seringue blindée et le cérémonial qui y préside. Devant  moi, légèrement sur  ma droite, les deux cabines numérotées 1 et  2 qui servent de sas avec  la salle d’examen. J’ai un pilier face à moi si bien que  je  ne vois que  partiellement  le chiffre 1 apposé sur  la  porte de  la  première cabine. Derrière  moi, légèrement sur  la gauche, ce renfoncement vitré où je devine  la  présence de deux  personnes qui attendent. A aucun  moment, je  me retournerais pour  les voir.  Voilà déjà un temps certain que  je  ne regarde plus derrière  moi, même dans cette circonstance anodine.  Non, je ne regarde  plus derrière  moi, désormais, c’est toujours devant  moi. A gauche, les WC, et  un espace où je ne vois qu’une alcôve  où se repose une femme recroquevillée sur sa couche. Derrière  moi, sur  ma droite, une  porte donne sur  une petite salle  où est préparé le  matériel d’injection et  où est stocké tout  le nécessaire aux différents  protocoles d’injection. Enfin, devant  moi, ce couloir avec, au-delà du distributeur d’eau, quelques chaises où ont  pris  place à cet instant  deux femmes. Ce couloir distribue également  sur  la droite, les  pièces  des  manipulateurs. A gauche, c’est celle du radiologue. Au fond, à gauche, c’est  l’issue avec, cependant, juste dans  le  prolongement de ce couloir,  une cabine avec  le numéro 1 sur sa  porte. Un voyant  rouge restera allumé  en  permanence au-dessus de celle-ci. Derrière le  pilier, se trouve un homme assis sur  une chaise roulante. Et  pour finir, sur  ma droite, près de  la  porte de  la salle d’injection, cet extincteur rouge. Il  porte le  numéro 93.

Je  me suis enfermé dans  mon espace. Seul  va  m’importer  le  moment  où le radiologue  va  m’appeler. Je détaille  les  inscriptions de  l’extincteur rouge. C’est un extincteur  à eau pulvérisée. Son fonctionnement est  indiqué par des  pictogrammes. Une étiquette située sur sa  base  indique les différentes vérifications dont  il a fait  l’objet, certifiées  par  une signature et une date. Son  numéro  93 me fascine, je  ne sais  pas  pourquoi. Sa couleur rouge attire  irrésistiblement mon regard. J’arrive  à me soustraire  à cette fascination. J’observe  l’homme assis sur sa chaise roulante. Il est ailleurs, sa  tête dodeline en  permanence. Son  âge est  indéfini,  peut-être  50 ans voire  60ans,  peut-être  plus.  Il est extrêmement  maigre. Son  pantalon gris en coton flotte sur ses cuisses. Il porte des chaussures de toile grises, des chaussettes grises également mais  plus claires,  un  pull  marron.  Son visage légèrement émacié est  orné d’une  moustache, cette  moustache qu’avaient  les  hommes dans  les années  60-70, comme celle qu’ a  mon  parrain. Son regard est  perdu. Je reviens sur  mon extincteur, sa vue  m’apaise.  Sur  la  gauche,  près de  la fontaine  à eau,  une femme. Coiffure rousse frisée, elle  porte  une étonnante doudoune verte. Elle a  le visage coloré. Ses  yeux sont soulignés de  bleu. Elle a  une sorte de sourire figé mais son regard est désespéré. Son attitude suscite  la compassion.  Mais que ce soit  ici,  ou ailleurs, dans  les autres salles d’attente de Jean Bernard  ou de Victor Hugo, je  me refuse  à entrer  en contact avec qui que ce soit, même du regard. C’est  ma  manière  à  moi  pour  me  préserver. Je reviens sur  mon extincteur que  je détaille  à  nouveau.  J’ai aperçu  le radiologue qui est sorti dans  le couloir  pour appeler  une  personne qui se trouvait derrière  moi.  La femme qui était allongée dans  l’alcôve s’est  levée et  remplit  un gobelet d’eau  à  la fontaine. Elle s’impatiente  à  haute voix. Son attitude  me déplait.  Le radiologue est sorti à nouveau  mais  il va chercher  une personne dans  l’autre salle d’attente  à l’entrée. Dans  le couloir, des  infirmiers  vaquent  à leurs  occupations. Ils entrent et sortent des différentes salles, totalement étrangers aux  personnes assises, comme dans deux  mondes  parallèles. Une femme vient de s’assoir à côté de  la dame rousse. Elle est chaudement habillée, engoncée dans  un gros  manteau. Je  l’ai vu tout  à l’heure dans  le  petit salon. Elle  me sourit, cherchant un soutien  à son angoisse qui  l’étreint.  J’esquisse un semblant de sourire et retourne  à mon extincteur. La  porte du radiologue s’ouvre  à nouveau, une  personne  en sort mais le  patricien demeure dans son bureau. Un  infirmier  appelle  la dame au  manteau. Il  lui donne  les consignes pour  passer  l’examen : «  Vous enlevez  votre  pantalon, vous  pouvez rester en soutien-gorge ! ».  Moi, tout  à l’heure,  j’ai eu droit  à «  Vous  vous  mettez en slip,  vous  pouvez  garder  votre  t-shirt . Auparavant, vous  irez  uriner ! ». Il y a des  mots qui tuent. Un autre  infirmier appelle désespérément  une  madame X, elle  n’est  pas  là. La dame  impatiente va toquer  à la  porte  ouverte du radiologue, elle échange avec  lui quelques  mots et revient. Je vois ce  manège d’un mauvais  œil. Je  pense  à Mireille qui doit se faire  un sang d’encre.  Pour  la  première fois, elle  ne sera  pas  à mes côtés  pour  les résultats. Une dame encombrée de sacs arrive ; elle  paraît  jeune,  un  peu  à l’arrache. C’est  la fameuse  madame X. L’infirmier  lui  montre  la cabine n°1 du fond  où elle doit se rendre. Auparavant,  il  lui demande d’aller  uriner dans  les WC. Pas de chance,  ils sont  occupés  par  la dame  impatiente !  Je  me raccroche  à  mon extincteur.

Des  personnes défilent dans  le cabinet du  radiologue ;  je  ne suis toujours  pas appelé. J’ai fait  le vide dans  ma tête. Ne rien  penser,  ne  pas  être. Une  femme arrive, d’un  pas  très digne. Elle  porte  un turban sur  la tête. Pas  besoin d’en dire  plus. C’est une  habituée des  lieux. Cela va faire bientôt  une  heure que  je me  morfonds sur  ma chaise. La dame  impatiente  puis  la dame  rousse sont appelées. Pour  moi, cela  ne devrait  plus tarder.  je  ne regarde  même  plus  l’extincteur,  juste  le  pilier  blanc devant  moi. La grosse dame  a terminé son examen et est revenue sur sa chaise. Etrangement,  le  monsieur sur  la chaise roulante est toujours  là,  à dodeliner de  la tête. Il doit bien  être  12 h10. Je  ne sais  même  plus  si  je regarde quelque chose.  C’est  la voix du radiologue  me  nommant qui  m’arrache  à mon  néant et  me  propulse d’un pas vif dans sa direction….

Poignée de  main chaleureuse  puis  je  m’assois dans son bureau… Enfin,  il étale devant  moi  les radiographies que  je scrute avec avidité…. Les taches  noires  n’ont  pas évolué !

Je retourne dans  le couloir  où l’infirmier va  me reconduire dans  le petit salon de Victor Hugo,  auprès de Mireille. J’y  prendrai  mon déjeuner, rasséréné. Je  ne quitterai  les  lieux que vers  16 h  après  les  prises de sang, l'entretien avec  la responsable du  protocole  et  la visite chez  l’oncologue. 

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