Voici la suite avec l'interview de Benoît Laval que j'ai réalisé en avril 2006. Là encore, ses réflexions gardent toute leur pertinence.
Que penses-tu de l’engouement pour les courses nature?
Je pense que c’est un mouvement de fond, qui va du retour à la randonnée à la protection de l’environnement. Les sportifs se tournaient vers le Paris-Dakar dans les années 80, ils préfèrent maintenant la nature. Les chemins sont plus jolis que le bitume, les coureurs changent leurs habitudes comme toute la société.
Et de la surenchère dans les difficultés?
Des organisateurs pensent attirer du monde en pensant que ça va attirer du monde. Mais je ne pense pas que ça marche… Le Trailer veut se faire plaisir sur un joli parcours. La Réunion, l’UTMB, ou aussi le Tour du Golfe du Morbihan proposent des parcours cohérents dans le paysage, et cela marche. Mais je pense qu’il y a surtout beaucoup de création de petits Trails (petits par la longueur…). C’est qui permet aussi au plus grand nombre de s’initier. La difficulté n’est qu’un ingrédient, il faut aussi du paysage, de l’ambiance, de la chaleur humaine…
Et du dopage, un grand trailer ayant eu un contrôle positif récemment?
Je ne crois pas au dopage dans le Trail, et je ne pense pas que Michel T... se soit dopé intentionnellement pour réussir une course (je pense le connaître). Il est amateur, tout comme moi et les autres, et il faut aussi aller bosser le matin, s’occuper du reste, et donc se soigner d’un rhume ou d’une petite blessure (surtout si tu es militaire comme lui). Mais il a pris des médicaments sans trop faire gaffe, et je suis d’accord avec la sanction, car il a fait une erreur.
Ceci dit, c’est sûr qu’il doit bien en avoir qui font du dopage du dimanche, comme pour tout. Mais tant que l’argent n’est pas là, il n’y a pas d’investissement « calculé » dans le dopage.
Un de mes amis coureurs me disait qu’on passe au trail quand on n’a pas plus de résultats sur piste ou route, qu’en penses-tu?
J’ai fait dix ans de piste, du 1.000m (2mn38s en cadet), du 1.500m, du steeple, et un peu de route sur Marathon sans trouver le temps (ou l’envie) à l’époque de bien m’entraîner, et j’ai fait 2h41mn, donc je sais ce qu’est l’exigence notamment de la piste.
Contrairement à ton ami, je pense que les Trailers ne courent justement pas après la performance, le résultat, un classement. Il y a d’autres motivations, dont celle de se faire plaisir. La piste ou la route, ça va bien tant que tu bats ton record, après on se lasse. Uniquement avec de la piste ou des semi et marathons urbains, je pense que j’aurais changé de sport depuis les 23 ans que je cours si c’était pour faire encore et toujours de la piste…
Question route, avec Vincent DELEBARRE, nous venons de finir 4° et 5° des Championnats de France des 100km FFA, pour notre premier 100km, et moi après 6 semaines de reprise. Nous n’avions rien à prouver, mais je pense qu’on en a surpris plus d’un…
Quelles sont les qualités d’un Trailer ?
Il faut de la puissance pour gérer le dénivelé, et pour cela il faut continuer de faire du fractionné court, du fartleck, du seuil… et un gros mental, pour gérer la distance et les coups de barre inévitables sur les longues distances. Il faut aussi savoir s’adapter et faire face aux imprévus : balisage, ravitaillements, terrains…
Que dire à un coureur pour passer de la route au Trail?
Au coureur qui hésite à se lancer, je lui dirais simplement de venir se faire plaisir sur un parcours qui lui fait envie (paysages, tracé). Son « chrono » n’aura pas d’importance…
Quel est ton meilleur souvenir?
Je pense que c’est ma première participation au Grand Raid de la Réunion. 2000 fous réunis pour courir entre 18h et 3 jours, avec 16.000 mètres cumulés. Finir aurait déjà été suffisant… Je passe 55ème au Volcan après quatre heures de course, 20ème à Cilaos à la mi-course à presque deux heures des premiers (ce dont je ne m’étais pas renseigné à ce moment là…), et je reviens encore plus fort dans les vingt derniers kilomètres pour finir 5ème à dix minutes du vainqueur. L’appétit est venu en mangeant, je finissais usé physiquement mais facile dans la tête, dans un parcours de rêve, sur la course de rêve… Pour mon premier Ultra… Je ne sais toujours pas comment on fait pour avaler tout cela (beaucoup de mental…), alors qu’en randonnée cela semble déjà très long en cinq jours...
Qu’en est-il du matériel et des évolutions techniques?
Rien n’est jamais à ses limites… Tous les records sont faits pour être battus ! On fera toujours un peu plus léger et plus « climatisé ». Mais je ne pense pas qu’il y ait de véritable révolution. Un bon produit, c’est aussi beaucoup de bon sens, de l’observation, de la pratique et de l’expérience, ce que beaucoup de marques délaissent au profit du design et du marketing.
En tant que rédacteur en chef ( comme je suis le seul à m'en occuper, autant se donner du titre ronflant) du mensuel "Dépêch'A3", magnifique gazette mensuelle qui tire à 120 exemplaires ( abonnement internet gratuit sur demande), j'ai, par le passé, interviewé quelques champions!!!
Je vous livre l'interview de Dominique Chauvelier que j'ai réalisé le 10 mai 2006 - Il conserve son actualité!
J’avais lu dans VO2, il y a quelques mois, un article dans lequel on affirmait que tu considérais les coureurs d’ultra comme des bœufs; qu’en est-il vraiment ?
Le pire est que VO2 a repris cette affirmation sur le Journal de la Confédération qui avait repris ça sur Ça m’intéresse et, à chaque fois, personne n’a cité les sources. C’est particulièrement imprudent ! A la rigueur, ils se prenaient un procès sur le dos !
Donc, un journaliste de Running Attitude, que je connais très bien, m’interviewe. Et lui, je peux te dire qu’il est anti-coureur ultra machin ! Il me demande mon avis sur le cent bornes. Je lui réponds en comparant l’entraînement du cent bornes à celui du marathon quand, toi, tu as trois fois 5 000 à faire et, eux, ont une sortie de 40 bornes à faire, qu’il pleuve, qu’il vente, il faut y aller, il faut être un peu bœuf, on se pose pas de questions, on y va ! Mais ce journaliste a résumé le début de la phrase les coureurs de cent bornes et la fin de la phrase sont des bœufs.
Après, on passe aux courses de 24 heures; Il me demande ce que j’en pense. Je lui dis que les courses de 24 heures, ce n’est pas de l’athlétisme dans la mesure où l’athlétisme, pour moi, se déroule dans un stade. Eventuellement, le marathon dont l’arrivée se fait dans le stade quand il s’agit d’une épreuve olympique, c’est encore de l’athlétisme. J’ajoute que, dans la course à pied, il y a plein de familles:: le trail, les courses de montagne, le cent bornes et lui, a résumé, courir à 11 à l’heure, ce n’est pas de l’athlétisme! Alors là, tout le monde m’est tombé dessus !
Les courses de cent bornes, pour moi, cela fait partie de la famille de la course à pied sans pour autant que ce soit considéré comme de l’athlétisme pur ! C’est comme si on allait dire, pour les sports de balle, qu’il y aurait une fédération des sports de balle avec le volley-ball, le foot-ball, le hand-ball. J’ai rien contre le cent bornes ! La preuve est que, pendant cette polémique, j’entraînais un coureur de cent km qui a gagné à Chavagne, l’an dernier. J’ai pris des filles de l’équipe de France de cent km comme meneurs d’allure au Marathon de Paris. J’ai failli en faire moi-même.
J’ai été très déçu de la réaction des gens qui se sont déchaînés contre moi. Il y en a très peu qui se sont posés la question de savoir si j’avais bien dit ça ! « C’est écrit donc tu l’as dit ! ». Cela montre le peu d’ouverture d’esprit dont font preuve certains! Récemment, au Marathon de Paris, Guyomarch de l’équipe de France de 24 heures m’a pris à partie:
« Des mecs qui écrivent ça, je leur mets mon poing sur la gueule !
-Tu parles de quoi?
- De l’article que tu as écrit…
- Que tu as lu. Pas que j’ai écrit !
- Ben oui, tu as dit ça..
- Je n’ai jamais dit ça… attends, ne t’énerve pas comme ça, je vais t’expliquer... »
Et je lui raconte ce que je viens de te dire. Pour être coureur de cent bornes, il faut avoir du caractère, il faut être un peu bœuf. Parfois, je me le dis pour moi! Ce gars avait du mal à comprendre. Alors là, je lui dis que j’avais un bœuf devant moi, alors qu’il fait partie de l’équipe de France de 24 heures, il n’avait aucune réflexion, aucune analyse, de recul. J’ai découvert à cette occasion, un milieu un peu à part, un peu fermé ! Ils sont moins ouverts que les autres. A aucun moment, ils ont eu l’ouverture d’esprit pour se dire, oui, c’est vrai, il y en a parmi nous qui courent en 12 heures, 14 heures, 15 heures. Dans mon démenti que j’ai publié, je disais qu’au marathon de Paris, la moyenne des 30 000 coureurs est de 11 à l’heure ! Donc je n’ai rien contre les coureurs qui courent à 11 à l’heure!
Pour moi, donc, être un peu bœuf, c’est avoir du caractère !
Que penses-tu des courses ultra comme l’UTMB? La Transgaule? Ne crois-tu pas qu’il y a un peu de surenchère?
C’est de l’aventure humaine ! C’est exactement pareil pour le gars qui fait de l’alpinisme, qui fait des 8 000. On pourrait mettre ça dans la même famille, ce sont des défis personnels. C’est vrai, peut-être, que certains d’entre eux ont peu de qualités pédestres, incapables de faire un 1 000 m en moins de 4 mn par exemple. Mais, le principal, c’est le défi qu’ils se lancent eux-mêmes en courant, en marchant, en faisant cent bornes, de faire l’ultra-trail du Mont-Blanc, de faire l’Everest. C’est bien, c’est la force de caractère qu’ils ont; ils ont peut-être des qualités moyennes au départ mais une grosse force de caractère.
Et toi, tu t’intéresses de plus en plus au trail?
J’étais du côté de l’élite, en matière de chrono, toujours à chercher à battre des records, 2 h 11 au marathon, les semis, .. Maintenant, j’ai cinquante balais. Alors, les marathons, je les fais fun et, au moins, je sais que je vais tenir jusqu’au bout. Donc, le trail est bien car tu n’as pas le souci du chrono. C’est un stress énorme en moins que de ne pas avoir le chrono. Si c’est trop dur, tu marches, après tu vas plus vite… C’est une philosophie, il ne faut pas parler de performance pure. Le trail me change
complètement après avoir fait du haut niveau, de la performance pure. Chaque trail est différent: il y a des trails de 20 bornes, de 30 bornes, des durs, des pas durs. On voudrait faire une hiérarchie, on n’y arriverait pas.
Que penses-tu de l’affirmation comme quoi les trailers sont moins performants que les pistards ou coureurs sur route?
Non, je ne le pense pas. Dans beaucoup de régions, notamment en montagne, beaucoup de jeunes courent des trails. Ainsi, j’ai connu un jeune de 25 ans qui travaille chez Adidas. Il court des trails. Je l’ai vu courir et il court bien. Il n’a pas du tout l’idée de courir sur route. Il n’a pas été éduqué dans cet esprit. Il fait ses courses de montagne, des trails. Beaucoup de jeunes n’ont pas du tout envie de courir sur route, de faire des semis. Autrefois, on disait cela pour le marathon: le marathonien, c’était le mec de 36 ans qui n’était plus bon sur piste et qui s’est mis sur marathon. Maintenant, on dit déjà moins ça, pareil pour le cent bornes, certains le disent aussi: c’est celui qui ne peut pas s’exprimer sur le marathon qui se rabat sur le cent bornes. Après le cent bornes, il court un 24 heures ! On n’en finit plus !
L’idéal, c’est de faire un peu de tout; pour le coureur qui n’est pas trop élitiste, un coup, il se fait son petit marathon, ensuite, c’est ce que je conseille, il se fait, un mois après, un trail avec la préparation de son marathon. Il fait son trail sans se prendre la tête. En fin de saison, s’il veut se faire un cent bornes, il fait un cent bornes ! Et s’il veut terminer par un semi, il termine par un semi! L’évolution de la course va aller vers ça.
N’est-ce pas déconseillé pour un jeune de faire un trail ?
Non, je ne crois pas! C’est un peu comme pour moi, quand à 23 ans, j’ai commencé à faire des marathons à une époque où tout le monde en faisait à 36-37 ans. On me disait, t’es fou de faire des marathons à ton âge, tu vas de cramer! Tu ne vas pas durer longtemps. Tu parles, j’ai cinquante ans ! Trente ans après, suis toujours là ! Non, c’est la qualité de l’entraînement et la récupération après les épreuves qui sont importantes. C’est l’excès qui est mauvais comme faire 5 marathons ou 10 trails dans l’année.
Non, il faut absolument enlever cette idée ! Tu fais un trail et tu récupères 10 jours et, derrière, tu fais une séance un peu plus vite pour te redynamiser, des 400 par exemple. C’est l’entraîneur qui parle mais je vois les choses comme ça !
Les trailers sont des gens qui se font plaisir. Le trail, c’est la découverte de la nature, de certaines régions.
Pour conclure?
Dans les marathons, je vois les émotions qui se dégagent. Ainsi, un coureur qui fait 3 h 59’ 50, il a fait moins 4 h, il est champion olympique ! Tu le vois, les larmes à l’œil… Je trouve ça très beau !
Le haut niveau, j’en suis revenu.. Dopage, machin … Je me sens beaucoup plus à l’aise à un niveau en-dessous, qu’avec les athlètes !
Quelques souvenirs amusants et anecdotes de mes courses en cadeau à l'occasion de mon anniversaire!
12 juin 1999, je participe à ma deuxième course, celle du Belvédère, un 15 km qui nous emmène en haut de la forêt de Perseigne. C’est le Lutin qui m’y a amené. Pendant près de 12 km, on va discuter tous les deux tranquillement, chacun sait que l’animal est bavard ! Mais à un moment, je lui dis de m’excuser et je le plante là au pied de la dernière côte ! 1mn15 nous sépare à l’arrivée ! Il s’est rattrapé depuis !
25 juin 2000, c’est mon premier marathon au Mont-Saint-Michel. La veille, je n’ai rien trouvé de mieux que de planter ma tente sur un parking, sous un pont routier où toute la nuit les voitures ont circulé ! Nuit blanche assurée. Avec Riah50, notre coach, Le Lutin et moi partons prudemment. Le copain Joël, plus aguerri est parti devant ! Arrivés à mi-parcours en 1h44, le Lutin et moi nous nous apercevons qu’on est très bien et décidons d’accélérer. Au 30e, nous passons Joël dans le rouge en imitant un concert de binious. Celui-ci se vengera bien des années plus tard ! On termine en 3h26 !
17 juin 2001, je remets ça avec le marathon du Mont-Saint-Michel avec toute l’équipe ! Il fait chaud. A un ravito, je bois quelque chose qui ne passe pas. Je sens mes intestins se plaindre. Bien sûr, je suis en compagnie du Lutin. Je continue mais ça commence à urger ! Pas de bol, on est en train de traverser un des deux villages du parcours, le Vivier-sur-mer ! Pas évident de courir en serrant les fesses ! Je laisse partir le Lutin. Mais que ce village est long à traverser, je ne vais pas pouvoir attendre la campagne à sa sortie et je ne me vois pas débourrer au milieu des spectateurs ! J’avise un jardin à droite. J’ouvre le portillon et me précipite derrière un carré de salades ! Je me bats avec le lacet de mon short et enfin je peux me soulager ! Je m’essuie avec ce que je peux ( !), je remonte mon short et je repars vite à la poursuite du Lutin. A la sortie du Vivier, il y a une station d’épongeage. Je me lave les mains dans le bac mis à la disposition des coureurs pour se rafraîchir. Désolé, mais on m’a appris à me laver les mains après être passé aux toilettes et nécessité faisant loi ! Devant moi, une concurrente au short dégoulinant n’a pas pris le temps de s’arrêter comme moi pour le même besoin ! Je ne rattraperai pas le Lutin et je finis en 3h21. Depuis, les copains se méfient des bacs d’épongeage, on se demande bien pourquoi !
23 novembre 2003, toute la fine équipe se rend en Bretagne pour le trail de Nostang. En nous rendant au départ, le Lutin manque d’un cheveu de nous flanquer en voiture dans le ria d’Etel ! Le trail a un tracé bien sympathique : il décrit un huit, la première boucle longeant le ria et la deuxième conduisant dans la campagne. A peine parti, le Lutin prend la poudre d’escampette ! Je ne suis pas au mieux de ma forme et je chemine en compagnie de Riah50. Une première alerte quand nous apercevons un groupe de coureur sur la droite qui nous rejoint. D’où viennent-ils ? Nous continuons et repassons pas la zone de départ où peu après, s’amorce la deuxième boucle du huit. Pas de souci, Riah50 et moi trottons de bon aloi dans la campagne bretonne. Les coureurs sont très espacés car à un moment dans une partie très dégagée, on n’aperçoit pas grand monde devant ! Peu importe, on continue quand, soudain, venant à notre rencontre, voilà qu’arrive tout un groupe de coureurs ! C’est la tête de course !!! Euh !! J’ai quand même pris le temps d’examiner le circuit et j’ai un très grand sens de l’orientation et je suis sûr de mon parcours. Riah50 et moi continuons laissant les autres coureurs perplexes. Certains rebroussent chemin avec nous, d’autres continuent à contre-sens. Mais d’autres coureurs continuent d’arriver face à nous. Alors les autres repartent à leur suite, beaucoup font demi-tour ! C’est la pagaille totale ! Il fallait voir la tête des coureurs complètement affolés, ne sachant plus dans quel sens courir ! Moi, têtu, je continue mon parcours. Vers l’arrivée, il a quand même fallu que je demande mon chemin car il n’y avait pas de signaleur. J’arrive enfin. Les « organisateurs » ont plié les gaules, il n’y a plus rien sur la table de ravito. Que s’est-il passé ? Tout simplement, la tête de course et pour ne pas dire près de la moitié des coureurs a enfilé la deuxième boucle du huit à l’envers et les signaleurs aux deux postes de contrôle qu’ils ont rencontrés les ont laissé passer, ignorant le sens de la course ! Voyant cela, beaucoup donc ont fait demi-tour et se sont présentés sur la ligne d’arrivée comme s’ils avaient fait la totalité du parcours (35km) alors qu’ils en avaient fait au mieux 30. Le pire est que les organisateurs ont officialisé cette arrivée ! Bien sûr, le Lutin faisait partie de ces horribles tricheurs ! Riah50 et moi avons sauvé notre honneur dans cette affaire, na ! Pas comme certains !
23 février 2004, j’ai entraîné un groupe (sans le Lutin) pour un trail hivernal, celui du Vulcain, à Volvic. J’ai déniché un hébergement dans un gite de groupe dans un petit village à côté. Le repas du soir se déroulait dans des salles voutées du plus bel effet. Notre équipe de 5 coureurs s’installe à la table qui peut accueillir 10 personnes. Après l’entrée, un groupe de 4 personnes s’installe à notre table. Christophe reconnaît un des hommes et nous indique qu’il s’agit de Benoît Laval que je ne connaissais pas encore alors ! Le cuistot amène le plat principal: escalope et pâtes. Mais il ne devait avoir que 6 ou 7 escalopes et des pâtes pour 5 ! Joël le parisien ne s’embarrasse pas et se sert généreusement. A notre tour, nous nous servons. Si bien quand le plat arrive à Benoît Laval (Il y avait aussi Alexandra Rousset), il ne reste que 2 escalopes et 3 nouilles ! Visiblement, cela l’a vexé car tout son groupe nous a tourné le dos et ne nous a pas adressé la parole. Bref, on l’avait trouvé bien bégueule ! Mais, bon, ok, ce n’était pas sympa de notre part surtout quand Joël a passé le plat un peu rigolard! On s’est expliqué depuis à ce sujet et les choses se sont arrangées puisque lors du RTT 2007, tout le groupe est venu sous les couleurs du F.C.N.B.L. (Fan club normand de Benoît Laval).
30 octobre 2005, c’est la dernière manche du challenge des trails bas-normands à Grimbosq (14). Le lutin et moi sommes au coude à coude pour la deuxième place ! Notre copain Jean-Marie s’en était fait l’écho dans son journal. Perfidement, j’avais laissé entendre que le profil de ce trail très roulant était plutôt fait pour Thierry. En fait, il n’était pas particulièrement roulant ! Mais le fait le plus marquant de ce trail de plus de 30km est qu’il se déroulait pendant la chasse ! Si bien, qu’à un moment, nous devions emprunter un long chemin montant en bordure de bois. Et tout le long de ce chemin, était postée une quarantaine de chasseurs, l’arme à la main ou au pied, espacés d’une dizaine de mètres. C’était une vision assez surréaliste de voir les coureurs en tenues bariolées passer à côté des Nemrod en tenue de camouflage. Pas un mot ni un signe n’ont été échangés ! Deux mondes ! Et pour finir, j’ai récupéré le Lutin au 28e km et j’ai terminé devant lui, gardant ma 2e place au challenge !
29 janvier 2006, la fine équipe se prépare à descendre sur le Mont-Dore pour le désormais trail hivernal. Ce samedi matin vers 11h, au départ d’Alençon, le groupe se rassemble. Nous sommes 6 et partons à deux voitures. Je monte dans celle du Lutin avec Loulou. Cependant, depuis le milieu de la matinée, il neige abondamment. Nous prenons l’autoroute. Thierry n’a pas mis de pneus spéciaux et il n’a même pas de chaînes ! Nous sommes devant. Il neige vraiment beaucoup, cela devient inquiétant mais par pour le Lutin. Sur le Mans, il y a une bonne couche poudreuse sur la route. Mais Thierry conduit à l’aise. Je ne l’ai jamais vu aussi sûr de lui. Et il nous le dit. Il nous fait un cours sur la traction automobile ! Loulou et moi commençons à blanchir à voir les voitures au fossé, même les fourgons d’entretien ! Il roule aux alentours de 80-90 km/h ! Au fou ! Et il double d’autres voitures ! Je propose que l’on mette aux voix la décision ou non de doubler. Pas le temps de voter qu’il continue à doubler les rares véhicules. Et pour mieux faire, il reste sur la voie de gauche de l’autoroute, là où la neige est épaisse et non tassée, ben voyons ! Il garde la même vitesse sans l’ombre d’une hésitation ! Cependant, Loulou et moi n’en menons pas large, surtout qu’on continue à voir des véhicules dans tous les sens. Et pour couronner le tout, comme on doit s’arrêter pour manger à l’aire de repos peu avant Tours, dans le rond-point qui accède au parking, il nous fait une démonstration de tête-à-queue au frein à main ! Pendant qu’on mange nos casse-croûtes, des gendarmes arrivent et nous incitent à la prudence car ils ont vu des voitures qui roulaient trop vite !!! Tu parles !! Ensuite, après Vierzon, la neige aura disparu et nous arriverons à bon port dans un centre d’hébergement à la sortie du Mont-Dore. Au milieu de la nuit, l’alarme incendie se déclenche. Je jette un coup d’oeil dans le couloir mais comme cela n'a pas l’air de se bousculer, je retourne me coucher. Les autres n’ont même pas bougé de leur lit ! C’est bien Français, ça !
Lu ce matin dans mon journal:
" Aux Etats-Unis, les mustangs menacés d'abattage
Les mustangs sont des chevaux sauvages.Leurs ancêtres sont arrivés en Amérique du Nord avec les Espagnols. 33 000 d'entre eux vivent en liberté dans une dizaine d'Etats américains. En 1971, le Congrès des Etats-Unis les avait qualifiés de "symboles vivants de l'esprit d'aventure historique de l'Ouest".
Dans un souci "d"équilibre écologique", l'Administration qui gère les terrains publics fédéraux, veut réduire leur nombre à 6 000 et pratiquer des abattages de masse. Les défenseurs des animaux se mobilisent"
Ce n'est pas le moment que je me pointe là-bas!!!

Je me souviens du monde -1-
Les instants de mémoire sont autant de balises qui surnagent dans le tourbillon de la vie. Pourquoi ceux-là et pas d’autres ?
A la différence de Georges Pérec, j’ai choisi ceux des grands événements mondiaux pour lesquels j’ai toujours marqué un grand intérêt. Ceux qui suivent ne sont pas donnés dans l’ordre chronologique. Beaucoup sont des tragédies, désolé !
1- Je me souviens d’un reportage sur le conflit à Chypre au journal télévisé du soir sur l’unique chaîne. Cela devait être en 1964. Le présentateur avait pris des précautions pour annoncer les images horribles à venir : sur une musique grave, la caméra avançait dans une pièce vers une baignoire où gisaient les cadavres d’enfants et d’adultes qui s’y étaient réfugiés en vain pour échapper aux balles de soldats impitoyables.
2- Je me souviens de cet autre reportage à la même époque, cette fois-ci sur le Congo Belge. Il s’agissait d’une bavure de la part des Casques Bleus qui avaient tiré sur un combi Volkswagen conduit par un couple de Belges. Ils avaient tué l’épouse du conducteur et blessé ce dernier qui était assis au bord de la route, rendu aveugle par une blessure à la tête. Je ne peux revoir un Combi VW sans songer au désespoir de cet homme et à l’indifférence des soldats de l’ONU dans leur mission dérisoire.
3- Je me souviens de Christine Ockrent qui interviewait en 1979 un ancien premier ministre iranien du Shah, Amir Abbas Hoveyda dans sa geôle, quelques jours avant que ce dernier soit exécuté d’une balle dans la tête. Elle avait été particulièrement odieuse, impitoyable pour ne pas dire carnassière dans ses questions à cet homme qui se savait condamner.
4- Je me souviens de ce vendredi soir, en novembre 1977, alors que je rentrais de la base aérienne 105 d’Evreux, où j’ai assisté à l’arrivée en direct à la télévision de président égyptien Anouar el-Sadate sur l’aéroport de Tel-Aviv. Menahem Begin et Golda Meïr accueillaient ce président au regard d’aigle.
5- Je me souviens de ce samedi 4 novembre 1995 ; nous étions en week-end chez des amis quand nous avons appris l’assassinat du premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Nous en fûmes tous atterrés.
6- Je me souviens de ce reportage vers la fin des années 1970 ou début 1980 sur les instituteurs en Afghanistan qui étaient assassinés par les Moudjahidines car ils avaient osé enseigner aux petites filles.
7- Je me souviens du 11 septembre 1973 lorsque les avions bombardaient le palais de la Moneda. Depuis le printemps avec la grève des camionneurs fomentée par la CIA, je sentais le drame venir cependant j’espérais que la démocratie allait gagner. Salvador Allende demeure à jamais dans ma mémoire comme le héros absolu.
8- Je me souviens de l’exécution ignoble par garrot de Puig Antich à l’âge de 24 ans en mars 1974 ; cette vieille carne de Franco en train d’agoniser avait refusé la grâce que le monde entier réclamait pour ce jeune anarchiste.
9- Je me souviens de ce mois d’août 1968 où la radio France Inter diffusait en boucle la Moldau de Smetana alors que les chars russes écrasaient la Tchécoslovaquie. Mon père m’avait appris en classe tous les détails de ce poème symphonique à la gloire de la Tchécoslovaquie.
10- Je me souviens de ce dimanche 27 octobre 2002 alors que je courais dans les causses pour la course des Templiers. Malgré la beauté des paysages, je ne pouvais ne pas m’empêcher de penser aux otages de ce théâtre à Moscou. Ce n’est que le lendemain, en quittant Nant que j’ai appris à la radio de la voiture les détails de l’assaut tragique où les otages furent asphyxiés et les membres du commando tchétchène abattus.
11- Je me souviens de cette rentrée de septembre 2004. En voyant mes propres élèves s'ébattre dans la cour d’école ce 4 septembre, je ne pouvais pas m’empêcher de songer à ces autres élèves allongés à jamais dans une autre cour d’école, à Beslan.
12- Je me souviens, bien sûr, comme tant d’autres de ce 21 juillet 1969 où, au milieu de la nuit, toute la famille s’était installée devant la télévision pour guetter l’instant où Neil Armstrong allait mettre le pied sur la Lune. Je revois cette interminable image du morceau du L.E.M. avec les barreaux de l’échelle. Il a fallu attendre longtemps avant d’apercevoir le pied de l’astronaute sur les barreaux.
13- Je me souviens de l’éclipse totale de soleil du 11 août 1999. J’étais sur les falaises au nord d’Etretat pour assister au phénomène. Il y avait là une foule immense. Quand le soleil disparut et que l’obscurité arriva, la température chuta, on vit les vaches dans le champ proche se diriger vers l’étable et surtout il y eu un grand silence.
14- Je me souviens du 21 mai 1981, vers 20h, de retour de Paris où nous avions effectué une visite chez des cousins, Mireille et moi étions sur l’autoroute peu avant la barrière de péage de Saint-Arnoult quand la radio a annoncé la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle.
15- Je me souviens du nom du négociateur nord vietnamien, Le Duc Tho et du lieu des négociations avec Kissinger à Saint-Nom-la-Bretèche pour mettre fin à la guerre du Viet-Nam, au début des années 1970.
16- Je me souviens de Louis Washkansky, le premier greffé du cœur par le professeur Barnard en 1967. Il avait survécu un peu moins de 20 jours. Une image de la télé avait montré la foule assemblée devant l’hôpital du Cap et, parmi cette foule, la présence incongrue de Françoise Hardy ! Le second greffé fut un dentiste Philip Blaiberg.
17- Je me souviens lorsque j’étais militaire à la BA 105, en 1977-1978, je consignais entre autre travail, les bons d’essence des avions, et en particulier ceux du DC10 chargé de la surveillance électronique au-dessus de l’Afrique. Mais cet avion était aussi utilisé par Giscard lorsqu’il partait discrètement pour aller chasser en Afrique, notamment en Centrafrique ! Je m’amusais alors à suivre ces périples grâce aux bons d’essence délivrés sur les aéroports africains.
18- Je me souviens de la prise d’otage des athlètes israéliens aux J.O de Munich en 1972. Alors que la fin des événements pouvait faire espérer une issue heureuse, ce fut le drame. Par la suite, bien plus tard, j’appris que cela avait été du à l’impréparation, l’amateurisme de la police allemande.
19- Je me souviens de mon prof de Français au collège en ce mois de juin 1968 qui avait pris l’habitude de nous parler assis sur un coin de son bureau !
20- Je me souviens de l’extraordinaire, l’incroyable parade de Jean-Paul Goude à Paris pour célébrer le bicentenaire de la Révolution Française et de la chanteuse Jessye Norman, drapée dans un drapeau français, chantant la Marseillaise sur la place de la Concorde.
Moon up*
* Au jeu des ombres, Antonioni est le plus fort

La lumière illumine une capucine, magnifie une feuille de palmier. Le coup d'oeil est agréable mais la curiosité a été aiguisée. Je quitte la terrasse et dirige mes pas vers le fond du jardin. Par endroit, la pelouse est écrasée de lumière.

Les nombreux arbustes y dessinent des ombres. Lignes verticales et lignes horizontales se mêlent.

Au ras de la pelouse, je guette je ne sais quoi. J'appuie sur le déclencheur; c'est bien l'avantage du numérique. On n'est pas chien des clichés.

Qui sait, peut-être un cliché se révélera original?



J'ai l'impression que la lumière se joue de moi, ou plutôt les ombres. Les sens en alerte, je guette. Un bruit derrière moi, je me glisse à l'abri d'un buisson et observe.

Je me prends au jeu et réalise quelques clichés. je ne suis pas seul???

J'ai l'impression d'être observé.

Je ne préfère pas quitter mon abri, alors, tout doucement, je change d'objectif et prends un télé. J'ajuste mon appareil, l'oeil collé au viseur, je fouille dans le massif qui est à quelques mètres devant moi. La mise au point s'effectue et...

Ok!! je n'étais pas le seul à profiter du jardin et de la torpeur d'un après-midi d'été. Mon chat Moon siestait à côté de moi!
A ciel ouvert
Lundi 14 juillet, 15h00.
Après m’être bien éclaté en VTT en forêt ce matin pendant 2h30, direction Le Mans. Je conduis, Mireille est à mes côtés. Nous y voilà : Clinique d’accouchement du Tertre Rouge.

Euh ! Quoi ? Mince, on est tombé dans une faille temporelle : nous sommes en 1984 ou peut-être en 1988 quand je conduisais Mireille à cette même clinique pour y accoucher de nos deux derniers. Je regarde Mireille, on s’est fait un petit quatrième pour nos vieux jours ? Non, pas de gros ventre, pas de contraction ! Ah ! En lisant plus attentivement le panneau, il est écrit en-dessous urologie. Ça, c’est pour moi !

Après une petite attente à l’accueil, une infirmière nous conduit à mes appartements. Je prends possession de mon studio loué pour la semaine : un bon 20 m2 avec une très spacieuse salle d’eau et un grand placard. Question déco, c’est sobre, Valérie Lamidot n’est pas encore passée par là : les murs sont blancs, seule une petite reproduction égaie un mur. Le mobilier bleu pas terrible est fonctionnel, ce n’est pas top design ! Cependant, la vue sur un bois de pins se donne un petit côté landais.

Ce n’est pas tout ça, les choses sérieuses commencent. L’infirmière revient avec un tube de crème dépilatoire. Elle se propose d’officier à la tâche. Mince, Mireille est encore là. Certes, l’infirmière est gironde mais je n’ai pas le choix, c’est ma légitime qui s’y colle ! Connaissant mon anatomie, et prudente, elle commande un deuxième tube au cas où ! C’est qu’il s’agit de faire place net de la poitrine jusqu’aux genoux. Je me mets en tenue dans la salle d’eau, c’est-à-dire à poil !! Ouarf ! Elle est bonne ! Non ? Ma tendre m’enduit généreusement le corps. Le moment n’est pas à la gaudriole mais on s’amuse bien ! Ensuite, c’est à coups de racloir en plastique qu’on décape. Le résultat est …net ! Bon, les festivités continuent. C’est qu’ils savent recevoir là-bas ! Ce n’est pas encore l’heure de l’apéro mais une autre infirmière revient en brandissant deux bonnes bouteilles. Ce n’est pas pour trinquer et ce n’est que pour moi : « vous devez boire ces 2 litres » me dit-elle ! Je regarde les deux bouteilles remplies en plastique : 1,5 + 1,5 = 3. Je lui fais donc observer pédagogiquement parlant que c’est plutôt 3 l ! Elle me répond comme un adjudant qui ne veut pas le savoir. « Faut tout boire, monsieur ! » J’attends cependant avant d’attaquer ma boisson purgative. Puis, c’est le départ de Mireille.
En même temps que j’ai commencé un mauvais livre, Chili con carne , j’attaque ma boisson. 19h, c’est l’heure du repas. L’estomac déjà plein de liquide, je chipote dans mon plateau. De toute façon, j’ai déjà commencé les aller-et-retour aux w-c ! Je termine la soirée par une bonne douche avec un auto-bronzant à base de Bétadine. Deux petites pilules, un dernier réglage de lit et dodo ! Vite dit, les intestins en fête vont hacher ma nuit.
Mardi 15 juillet, 06h00.
« Bonjour monsieur, vous avez bien dormi ? ». Ben, voyons ! Direction la douche pour un nouveau décrassage à la Bétadine. J’enfile la camisole, enfin j’essaie. Je me bats avec les pressions. Bon, y a pu qu’à attendre. Je ne pense pas. 7h30, mon taxi arrive. J’enfile une charlotte et des chaussons de la même fibre. Je m’allonge sur le brancard et je pars les pieds devant ……comment ça les pieds devant, je croyais que… ! Le plafond défile devant mes yeux. Ascenseur puis un couloir. La ligne n’est pas directe, j’effectue un changement de brancard et de conducteur. C’est un jeune avec un gros bonnet bleu qui, avant de repartir, me couvre avec une couverture de survie. Il me gare dans la salle de pré-anesthésie. Un autre brancard vient se garer en double-file. Pas le temps de faire la causette avec son occupant, je repars pour la salle d ‘opération. Je tords la tête pour essayer d’apercevoir quelque chose d’intéressant. Après le sas, j ‘aperçois sur le mur un tableau d’affichage avec des feuilles tenues par des aimants. C’est une salle d’opération ou un bureau ? Non, mon brancard arrive le long de la table d’opération. Zouuuuuu, on tire sur le drap et me voilà installé sous le scialytique. « Tendez votre bras droit, monsieur ! » Voilà. « Votre bras gauche ! » Pose d’un cathéter sur le dessus du poignet. « Bonjour, je suis l’anesthésiste…….. ». Vlan ! Quelqu’un a éteint la lumière……… ?
« Monsieur ! Monsieur…. ! ». Je grogne. « Monsieur… ! Monsieur… ! Vous êtes là ? ». Euh, sans doute ! Même pas capable de connecter deux neurones. Bon, il insiste. Je grogne une seconde fois pour lui faire plaisir. Re-noir ou blanc, c’est comme on veut.
Lumière. Tiens me revoilà dans ma chambre. On est l’après-midi. Des infirmières sont autour de moi. Je suis câblé comme un ordinateur. Y en a partout. Ça clignote à gauche, ça ronfle à droite. J’ai des machins qui me pendouillent au-dessus de ma tête. Une infirmière m’explique leur rôle. Sympa, je vais pouvoir faire joujou avec tout ça ! Même pas mal, avec un gros pansement sur le ventre et de l’oxygène sous le nez !





Voilà, c’est fait, deux mois pour en arriver là ! Le téléphone commence à sonner. Pas terrible pour tenir la conversation, la bouche pâteuse, l’élocution laborieuse. J’arrive à tenir 2, 3 mn à chaque fois. Mireille arrive. Brouillard.
La nuit va être rythmée par les infirmières toutes les deux heures.
Mercredi 16 juillet
Je retrouve mes esprits. Il faut chaud. Visite du Lutin et de sa Josette. Thierry photographie tout, drague les infirmières. Il regrette le temps où ces dernières étaient en sous-vêtement sous une blouse qui laissait tout voir. C’est ainsi qu’il en a gardé la mémoire lors d’une hospitalisation à 13 ans, à Tarascon pour une infection à un poignet. Enfin, il lui restait l’autre pour calmer ses émois ! On engage une conversation avec une infirmière, marathonienne licenciée à Endurance 72. Ronde du chirurgien. Le soir, je réussis à négocier avec l’anesthésiste un yaourt. Certes, j’ai le glucose en perf mais l’estomac fait des siennes. La soirée est lourde ; j’obtiens avec mon charme naturel un ventilateur prélevé dans la chambre d’en face !!! J’ai parlé de la clim au chirurgien. Le bâtiment est neuf. Lui et ses associés ont été petits joueurs. Effectivement, ils n’ont pas investi dans la climatisation, sans doute que cela leur faisait trop de parcours de golf ou de séjours à Marbella en moins ?
Jeudi 17 juillet
Avec l’aide, je me lève pour la toilette. Mais il faut trimbaler la tuyauterie, les pots, la poche ! C’est fou comme on s’habitue à ce genre de situation ! J’exagère un peu, on commence justement à m’enlever de la plomberie : exit les perfs et la morphine, exit la surveillance cardiaque, exit la surveillance des gaz du sang, exit le premier drain. Justement, c’est là que je vais voir les travaux. L’infirmière décolle précautionneusement le gros pansement que j’ai sur le ventre. La vache de cicatrice toute boudinée! Presque 11 cm de long, raccommodée avec des gros nœuds noirs. Comme me l’avait expliqué le chirurgien, il y avait plusieurs techniques mais une seule correspondait à ma situation, celle dite à ciel ouvert. Jolie expression pour ouvrir le ventre ! 2 gros tuyaux sortent de part et d’autre de la balafre. Il s’agit d’en retirer un. Je m’installe pour le spectacle. Selon les conseils, j’inspire, je souffle et……. Non, pas trop douloureux et une sacrée étrange impression quand le tuyau se retire du ventre. Nettoyage de l’ensemble et on laisse tout ça à l’air libre ! Les coups de fils et les visitent se succèdent, cela fait chaud au cœur.
Pour le repas du soir, je ne me fais pas d’illusion. Mais si, on m’apporte un yaourt et une comporte avec la petite serviette sur laquelle est écrit « Bon appétit ! » Humour !!!! J’attaque mon 5e bouquin !
Vendredi 18 juillet
Petit déjeuner royal avec 2 biscottes. Enfin, je devrais faire moins le mariole car, les intestins, eux, ils ne rigolent pas. Je dirais même qu’ils me gonflent ! Doudiou, autre chose que de retirer un drain. Je vais passe cette journée à me tortiller. Heureusement, je peux me lever et marcher. 2e drain à retirer. Pas flambard, je préfère ne pas regarder. Je soufffffffffle ! Toute la matinée et l’après-midi, les moteurs ont rugi et les pneus crissé sur le circuit Bugatti qui est juste à côté ! Je passe sur le repas bulgare du midi « Bon appétit ! ». Je n’ai même pas faim ! C’est fou, ça, je ne savais pas qu’on pouvait se nourrir avec 2 yaourts et 2 compotes par jour !
L’après-midi, la kiné vient m’entretenir pour la suite à venir. Je balise un max justement à ce propos. Cette kiné ne me rassure pas, il faut voir ; Elle me tend une feuille de suivie et les conseils sur laquelle il est écrit pas d’effort (vélo, sport, bricolage, jardinage) pendant un mois. Un mois, chic ! Ben non, sachant que je suis ultra-marathonien, c’est la punition, rien pendant 3mois ! Mince, enfin si c’est le prix à payer, ce n’est pas cher !
Coups de fil et visite.
« Bon appétit ! »
Et broummm, criiiiiiiiiii, sur le circuit à côté jusqu’à 1h du matin !
Samedi 19 juillet
Réveil, piqûre, tension, prise de sang, température comme d’hab, visite du chirg. Midi arrive et que vois-je sur le plateau, à côté du yaourt et de la compote ? Un gros couvercle carré protégeant un bon plat chaud !!!! Je soulève……….. Perdu sur une assiette un misérable carré de poisson orné d’une non moins misérable tranchette de citron. « Bon appétit ! ». Même chose le soir !
La journée a été belle. Depuis 2 jours, je ne baisse plus le volet roulant pour profiter du soleil se couchant derrière les pins. Ce n’est pas le cas des voisins : bien avant que l’astre se retire, j’ai entendu les volets se baisser les uns après les autres.

Dimanche 20 juillet
C’est vite le train-train mais là, le midi, vrai premier repas. Le Lutin revient avec sa Josette pour me faire passer la journée, rejoints pas d’autres amis.

Lundi 21 juillet
Gros moment d’angoisse, ce matin. On retire la sonde ! Certes, je me fais tripoter le kiki par deux jeunettes, mais c’est là que cela va se jouer. Tout se passe bien. Maintenant, je vais enfin voir si je retrouve mes fonctions. A première vue, c’est ok. Je commence à être soulagé, c’est le cas de le dire !! J’en perds pas une goutte !
Visite surprise d’Allain et de Béatrice le soir. On passe un bon moment ensemble.
Mardi 22 juillet
C’est le départ. Dernière piqûre, dernière prise de sang. Et on retire les fils !! Déjà !! La partie n’est pas encore gagnée mais on tient le bon bout.

Il fait beau. Mireille est au volant. Je regarde la campagne. Quelle est belle, si simple à admirer sous le soleil de juillet.
Damigny, le 14 juillet 2008
Demain
Demain, avec Mireille, mon aimante épouse
Demain, avec Oriane, Romain et Dorine, mes enfants adorés
Demain, avec ma famille
Demain, avec mes amis si chers
Demain, avec vous tous ici
J'irai là où le destin m'a conduit et je reviendrai...

Les peintures de sable

Dans les rituels de guérisons navajos, les peintures de sable sont l’étape ultime de la cérémonie de guérison.
Auparavant le chanteur ou homme-médecine a déterminé la voie en rapport avec le mal dont souffre le patient. Cette voie comporte des récits et des chants qui vont invoquer les puissances dont a besoin l’homme-médecine pour guérir son patient. Ce sont des rituels qui servent à rééquilibre l’individu. On compte plusieurs voies qui correspondent aux diverses sortes de maux qu’elles sont censées guérir. Voie du projectile, voie de la fourmi rouge, voie de la plume, voie de la main tremblante, voie du grand dieu, la voie de la Beauté, etc… L’homme-médecine est spécialisé dans certaines voies.
Les peintures de sable représentent les entités choisies pour aider le patient à vaincre le mal. En quelque que sorte, ces entités sont prises au piège du dessin. Le patient va alors s’identifier aux formes figurants sur le tableau. Cette identification sert à donner au patient puissance et force, et à l’immuniser contre le mal, à l’instar des entités représentées.

Une fois achevée la peinture de sable, on ordonne au malade de s’asseoir dedans. Ainsi il va s’imprégner des forces des entités. Les peintures de sable ont le pouvoir de guérir de par leur facultés d’extirper le mal du corps du patient. Après la cérémonie, on efface le tableau et les sables de couleur sont jetés à l’écart, dans un endroit où le mal qu’ils ont absorbé ne menacera personne !

Le terme navajo pour désigner les peintures de sable, " sandpaintings " : " iikààh " peut être traduit littéralement par " l'endroit par lequel les dieux viennent et vont ". Ces dessins sont faits à base de pierres pulvérisées, de sable sec saupoudré et coloré avec des pigments naturels. L'intention de ces peintures est de permettre au patient d'être investi par les pouvoirs des êtres mythiques présents à travers ce diagramme coloré et de le guérir.

Elles ne sont pas uniquement faites à l'aide de sables colorés, rouges, jaunes (dépôt d'ocre) et blancs (craie), mais également de matières, à l'état pur et mélangées, telles que farine de maïs, pollen, pétales de fleurs pulvérisées et charbon de bois, qui sont répandues sur un fond sableux généralement doré.

Les Medecine-men utilisent leur pouce et leur index recourbé entre lesquels ils laissent le sable fin et coloré s'écouler en une ligne bien nette et régulière. Cette pratique nécessite une très grande maîtrise du geste. Les grains sont méticuleusement déposés sur un fond de sable de couleur terre préalablement étalé. Il s'agit d'une véritable mosaïque de sable ! Forme d'art éphémère ; aucun fixatif n'est employé. En effet, les peintures navajos devaient, pour des raisons religieuses, être détruites aussitôt après usage.
sources:
Les Navajos / La voie de la Beauté / Editions du Rocher
Loin des glaciers de la Vanoise,
loin des gorges du Verdon,
là-bas, tout au bout de la Bretagne,
au bord de la mer d'Iroise, où la terre, la mer et le ciel s'unissent..........

(photo organisation)
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