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L'homme assis sur un banc

Par Mustang - 18-05-2017 18:07:47 - 13 commentaires

L’homme assis sur  un  banc

Ce vendredi, la  lutinmobile file sur  l’A11 en direction de  Dourdan.  Je suis  passager avant. La discussion est animée au sujet de ce qui  nous attend demain, sur  le Champ de Mars. Les  occasions d’être  passager d’une voiture sont rares  pour  moi, aussi,  je  profite de ce moment  privilégier pour  observer  le  paysage, de saisir  parfois des visions enchanteresses  qui  pourraient cependant  paraître à bien d’autres anodines. Je  me repais de ces  moments fugaces. Je suis dans  l’instant.  Je vis  l’instant  pleinement, sans retenue. Pas de retour vers  le  passé,  le  présent uniquement, le futur  à peine effleuré. C’est la construction  mentale que  j’ai établie avec  l’aide de  mon psy pour combattre  mon ennemi intérieur. Donc,  je  n’ai aucune appréhension  pour ce qui  m’attend demain.

Certes, cette  nouvelle édition de  la NFL in Paris  est  un nouveau défi que  je  m’impose. j’ai  participé  à l’édition de  l’an dernier et  j’en  garde  une  impression énorme  même si  la  nuit fut rendue difficile  par  le froid. Cela  peut  paraître troublant d’aimer courir en rond sur  un circuit  de 1,3 km tout au  long de  24 heures,  mais  je trouve ce rythme cadencé attractif, voire fascinant, procurant un réel vertigo. C’est ce sentiment que  j’ai ressenti, de  manière plus intense bien que plus bref lors de mes tours de cour dans  la  centrale  pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe pour  le Téléthon. Et puis,  j’adore courir  la  nuit !

L’an dernier,  j’avais  une bonne forme  mais  la stratégie de course avait été désastreuse. Là, comme  je vais courir « seul », je vais  pouvoir  m’assumer et respecter  le  plan que je  me suis fixé : 50 à 55 min  d’effort,  5 à 10 min de repos. Je  pars  dans  l’inconnu, et avec  un avis  médical défavorable.  Je suis en  pleine cure de chimiothérapie, mon oncologue  m’a  mis en garde sur  les risques que  j’encourais  pour  mes reins et  mon foie, avec  notamment  une chute du taux de  globules rouges et blancs. Cependant,  les effets délétères de  la chimio que  l’on m’avait annoncés  ne sont  pas  là, sauf  la  perte de cheveux ! J’ai couru, voilà  trois semaines un  petit  trail particulièrement technique et tout s’est très bien  passé. Mais là,  il s’agit d’autre chose ! J’ai un  peu d’appréhension. Il va faire chaud et  je crains  la déshydratation. J’ai amené avec  moi des bouteilles de St-Yorre pour  pallier  mes  pertes  hydriques. Outre  le ravitaillement de  l’organisation, cela va-t-il suffire ?

Après  une soirée sympathique dans  une  pizzéria de Dourdan et  une  nuit calme, c’est  un réveil vers  6h30. Ma tenue sera simple,  un short court et  le  maillot, le buff et  la casquette  aux couleurs de Kikouroù. J’ai  prévu une grosse valise avec  nombres de  t-shirts, shorts et vestes de  pluie au cas où la  météo annoncée se révélerait exacte. Il  n’en sera rien ! J’ai  mon duvet et  un  matelas car nous  ne disposerons  pas de  lit de camp dans  la tente des Kikous, contrairement  à l’an dernier ! Et mes Bolino !

Il  n’est  pas  9 h quand  nous arrivons Place Joffre, en face de  l’Ecole Militaire. François,  notre chauffeur  ne  prend  pas de risque et se  gare sur  le  parking attenant,  à moins de  20 m de  l’entrée. Le retour  n’en sera  que  plus aisé dans  un  peu  plus de  24 heures ! La disposition  générale est restée  la  même, seul l’emplacement des tentes dédiées  a été  modifié, ainsi celles destinées au repos des coureurs est  à l’opposé de  l’an dernier. Je  passe  le contrôle d’entrée. La  préposée  me demande d’ouvrir  ma grande valise : devant  l’ampleur d’une éventuelle fouille, elle se contentera de  me demander si  j’ai de  l’alcool ! Et non ! Je retire  mon dossard des  24 h. Nous sommes  103 inscrits contre les  39 de  l’an dernier. Je file  poser  mon sac dans  la tente de Kikouroù signalée  par sa célèbre  bannière. Elle est bien triste cette tente : quelques sacs entassés dans  un coin,  3 chaises et  une table avec des restes alimentaires,  une bouteille d’alcool vide – le contrôle  n’a pas été strict ! – et  quelques bouteilles de bière. Personne  n’y touchera durant ces  24 h à venir; il faut dire que  ces bières sont  loin d’être  à température idéale  pour  les  consommer ! Je fais connaissance ensuite avec  les toilettes sèches qui vont rebuter  pas  mal de  participant(e)s ! Ensuite, nous nous retrouvons sur  l’esplanade aménagée. Des  petites  tables et des chaises de  jardin sous des  parasols  font face  à la  grande scène. L’écran géant est situé  à l’entrée, bien visible  pour suivre  la  progression des coureurs en direct. C’est  une disposition bien sympa ! Nous retrouvons Katia,  ma traileuse au  long cours du club à qui  j’ai imposé  la semaine dernière  un  400 m pour  le  premier tour des Interclubs. Namtar  nous rejoint ! Dans  l’attente du départ, nous regardons  passer une foule  en  mouvement  particulièrement  hétéroclite : des coureurs rapides, des  marcheurs,  des  jeunes, des  moins  jeunes, des  kikous ; la flamme  kikou passe  à toute allure ! A quelques  minutes des  10 h, l’organisateur nous rassemble et  nous donne des consignes. A vrai dire,  il  n’y a pas  grand-chose à dire,  il suffit de tourner !


Je  ne ressens aucune appréhension, fini ce stress intense qui  me saisissait autrefois au départ des courses,  juste  une exaltation de  bon aloi ! 10 h,  un coup de feu  nous  libère. D’emblée,  je  prends  mon allure à 8 - 8,5km/h. Je n’y dérogerai  pas tant que  je courrai.  je fais  comprendre  à Katia qui  veut  m’accompagner qu’elle a  mieux à faire que de suivre ce rythme  lent qui  lui  ne convient  pas. Nous sommes  nombreux sur cette  large allée qui nous conduit vers  l’esplanade de  la tour Eiffel. Et de cette foule en  mouvement, émane  un sentiment de bonheur et de  joie. C’est  une évidence  pour  moi, c’est ce que  j’en  perçois, c’en est agréablement surprenant. Je retrouve avec amusement  les  passages en  pavés pour  l’instant  anodins  mais je sais que,  bien avant  le terme des  24 heures,  ils seront de  plus en  plus  pénibles  à franchir.  Je débouche sur  le trottoir  bordant  l’avenue Joseph Bouvard il  n’a pas été refait depuis  l’an dernier ! Il a gardé ses  mêmes  imperfections. Les cars  déversent  leurs cohortes de touristes. Puis c’est  le sas de contrôle. Je suis attentif au signal sonore des détecteurs mais  nous sommes tellement  nombreux  à cet instant qu’il  m’est  impossible de savoir si  ma  puce fonctionne  bien. Aussitôt après, sur  ma droite,  je remarque  un  homme assis à l’extrémité d’un banc,  une énorme valise  posée debout à ses côtés. Il regarde droit devant  lui.  Ce  n’est  pas  un touriste. Il attend.

A  l’extrémité du trottoir,  nous reprenons  l’allée après avoir contourné les  plots. Il me semble que cette allée est  légèrement descendante. Là-bas,  un peu de rubalise et  nous  pénétrons dans  l’enceinte. Là encore, trop de  monde,  mon  nom ne s’affiche  pas sur  l’écran. Ce sera qu’bout de  3 ou 4 tours qu’il apparaîtra enfin. Mais avec  mon GPS,  je verrai qu’il me manquera  2 deux tours ! Voilà ce  premier tour achevé. Il  ne reste  plus qu’à se  laisser  porter ! Nous  nous saluons entre  kikous. Je blague avec d’autres. Certains viennent  à mes côtés  pour  prendre de  mes  nouvelles ou pour  m’encourager, ce que  ne  manquera  pas de faire tout au  long de ces  24 h, Steph particulièrement. Bientôt  1 heure de course,  je vais  à la tente boire ma St-Yorre. Certes,  j’aurais  pu  mettre  mon eau dans  la tente de ravitaillement mais  je  préfère aller tranquillement en  marchant, cela  me  procure  une bonne  récup dans  le calme. Les tours s’enchaînent. Beaucoup de  monde, des enfants, les  joëlettes. Dans  l’après-midi,  les touristes sont toujours aussi nombreux sur  l’esplanade.  Je regarde, amusé, ceux qui  prennent  la  pose en écartant  les bras comme s’ils tenaient la tour entre  leurs mains devant  l’objectif du  photographe.  Ils sont assaillis  par  les vendeurs  à la sauvette de tours Eiffel  de  pacotille et de foulards  imprimés des  monuments de Paris. L’homme est toujours assis  à l’extrémité de son banc. Il  n’a pas  bougé.  Seul  humain immobile dans cet endroit si  animé. Cette  immobilité  interpelle. Je  ne croiserai  jamais son regard. Il est  là à fixer je ne sais quoi,  à attendre  un futur qui  ne viendra peut-être pas. Pas  besoin d’être grand clerc pour reconnaître en lui  un réfugié clandestin.

L’après-midi s’écoule tranquillement. Je  m’arrête comme  prévu toutes  les  50 min. Je  me restaure  au ravitaillement des  24 heures,  l’offre est  plus chiche que  l’an dernier. Mais ce sont  les  mêmes  bénévoles que  l’an dernier, elles  ont gardé  leur chaleur à regonfler  le  moral d’un coureur défaillant.  Vers  le  milieu de  l’après-midi, alors que  je  pénètre  à nouveau dans  l’enceinte,  j’entends  mon  prénom.  Quelqu’un  m’interpelle. Je  ne reconnais  pas  cette voix à l’accent  prononcée du Sud. Je  m’arrête cependant et  j’aperçois trois  jeunes vêtus du  maillot bleu de Siemens venir vers  moi. J’ai tout de suite compris.  Il s’agit des  jeunes collègues de  mon fils qui  bossent  pour cette entreprise  à Lyon.  Ils savaient que  j’étais  là et  guettaient  mon nom sur  le  tableau d’affichage. Je suis  particulièrement ému  par cette rencontre aussi  inattendue que  chaleureuse. Oui,  je suis bien  le  papa de Romain, oui, il me ressemble ! Bien sûr, nous nous empressons de faire  une  photo souvenir qu’ils vont adresser  à mon fils qui en sera tout étonné.  Nous échangeons quelques  instants. Ils sont  là depuis vendredi. Siemens est  le sponsor principal de  la NFL. Aussi, cette  entreprise  a  invité tous ses employés  à  participer  à cet événement. Mon fils a décliné  l’invitation ; récent  papa, il a de quoi s’occuper ! Je retrouverai David et Anne sur  le  parcours où nous ferons ensemble  un tour en  marchant. Je ne sais  pas vraiment  pourquoi,  mais cette rencontre m’a  procuré  une  joie  intense.


La fin de  journée approche. Tout va  bien. Je  ne ressens aucune fatigue  malgré  la chaleur. J’ai bu énormément. J’ai transpiré énormément, surtout de  la tête. J’en suis  à ma quatrième casquette, une UFO ! Malgré cette transpiration intense,  je  pisse ;  mes  urines sont de couleur  normale ce qui  me  rassure sur  l’état de  mes reins. Au ravitaillement,  je  mange des  bananes, des Tucs,  des morceaux de  gâteaux, du saucisson quand  il y en a. Il  y a de  l’eau gazeuse et du coca chaud  light ! Je vais chercher  mes  pâtes Bolino. De  l’eau chaude et  je vais  m’assoir sous  un  parasol en attendant qu’elles soient  prêtes.  Pas de  gastronomie mais  un bon  moment. J’allonge  mes  jambes  pour  les détendre. Je regarde  passer la foule bigarrée, quel spectacle. Le spectacle est aussi sur scène  où des  groupes  musicaux se succèdent. Je reprends  ma course toujours  au  même rythme. De  l’autre côté,  je suis  interpellé  par  un  jeune qui  me demande si  je fais le  marathon de Paris. Non,  je  participe  à un  24 h. Il  me  jette alors  un regard du type «  oh, celle-là,  on  me  la fait  pas ! ». Je  lui  montre alors mon dossard  où est mentionné  le  « 24h » et  lui indique qu’il  me reste encore  15 heures de course. Je  le  laisse dans son  état d’incrédulité totale ! L’homme  n’a  pas  bougé. Il est  là,  immuable. J’ai  honte de  mon  indifférence. Comme  j’ai  honte à la vue de ces vendeurs africains de tours Eiffel, c’est tout ce que  notre société  a  à leur proposer…

Avec  la venue du soir,  la température fraichie légèrement. Je  vais enfiler un t-shirt  manches  longues. Les  kilomètres s’accumulent. Les rangs des coureurs commencent  à s’éclaircir. Je croise régulièrement Le Lutin et sa Josette dans  leur  nordique  marche. De  même notre monitrice Annick qui affiche un enthousiasme  non dissimulé ! Namtar que  j’ai vu  lentement faiblir   a jeté  l’éponge. François  me confie qu’il a  un coup de  mou. Caro caracole !!! Le  jeune Vik à la foule aérienne  poursuit sa course torse nu ! Avec  la  nuit, le  public sur  l’esplanade change. Ce  ne sont  plus  les touristes mais bientôt  les fêtards de tout poil qui animent  le trottoir.  Mais  l’homme est toujours assis sur son banc. Je  passe  les  80 km  vers  minuit. Cela  m’ouvre des  perspectives. J’envisage  alors un 100 km, ça serait vraiment  inespéré  pour  ne  pas dire  incroyable ! J’alterne désormais  marche et course. J’ai  pris  un  blouson  léger. Il  me suffira  pour  la  nuit. Nous sommes  loin de  la  nuit glaciale de  l’an dernier.

Le  peloton s’est considérablement étiolé. Cela a  l’avantage alors de  pouvoir mieux discuter avec des  participants, connus  ou  inconnus.  Ainsi,  je  peux  prendre  le temps de discuter avec Mickey49, avec Steph.  J’accompagne  un coureur du  24 h qui  me semble en déshérence. Il souffre d’un  mal de ventre tenace. Je  lui conseille de  marquer  une  longue  pose. Il  le fera,  je  le retrouverai  assis  sur  une chaise de  jardin. Il  n’a rien  pour se  protéger du froid. Je  ne reverrai  plus  par  la suite.  Un coureur a embarqué son  petit chien dans cette aventure circadienne. Il a  prévu un sac  banane  pour  le transporter !  Le  Bagnard  promène son boulet dans  une  poussette. Il devait  être dans  les  1 ou 2 heures du  matin quand  une  personne d’un certain âge, bien de sa  personne,  m’aborde  et  me demande le  pourquoi de  notre  présence. Et c’est en cheminant sur quelques dizaines de  mètres que  je  lui explique  le  principe de  la NFL, son but caritatif. Je  l’invite  à revenir avec ses enfants  ou  petits-enfants faire quelques tours  pour  la  bonne cause. Cependant, quand  je  lui ai expliqué que  je courais  pour  le Samusocial de Paris, elle  n’a  pu s’empêcher d’esquisser  une  moue dubitative !

La  nuit continue, je  me sens  bien, pas de fatigue,  pas de ressenti de sommeil. L’homme a quitté son banc ! Oh,  il  n’est  pas  parti,  il s’est simplement allongé sur  un banc  plus en retrait  pour dormir, sa valise  à sa  tête.

Je suis étonné de voir des Joëlettes au  milieu de  la  nuit avec  leurs équipages enthousiastes ! Tout comme  je suis étonné de voir  des rats filer entre  nos  jambes dans  l’allée ! Ce  milieu de  la  nuit est  pour  moi l’instant  le  plus décalé,  le  plus  improbable que  l’on  peut ressentir dans ce type d’événement. A  un  moment, des bénévoles assis sur  les chaises devant  la scène acclament  par  les coureurs en scandant  leur  prénom qu’ils  ont  lu  sur  l’écran !   Je  prends  des cafés avec des tranches de saucisson assis  à la terrasse en regardant  passer  les coureurs. Un régal ! J’y retrouve  à plusieurs reprises  mes compagnons d’Ecouvie. Les  heures  passent. Le ravito  propose parfois des  moments surprenants. Ainsi,  j’aurais  pu déguster au  milieu de  la  nuit des Paris-Brest. Je  n’ai voulu tenter cette aventure,  je  pense que  j’aurais été  moins ferme avec  moi concernant  les éclairs au chocolat qui  me sont  passés sous le  nez.  Par contre  la soupe, bien que  nécessaire, est d’un salé ! Il  n’est  pas encore  5 h que  les oiseaux commencent  leurs raffuts. J’ai passé  les 100 km. J’entrevois alors  l’inimaginable,  la  barre des  120 km. Je  m’embrouille dans le compte  les tours qui  me restent  à  parcourir si  bien  que  je vais me contenter d’avancer et de regarder  ma  progression sur  l’écran. Le  jour se  lève. Une agitation fébrile règne sur  le secteur,  non  pas dûe  à notre  présence mais  par des  préparatifs de festivités. Du côté de  l’Ecole Militaire, ce sont des grandes  manœuvres  pour mettre en  places des  podiums, des  barnums, des oriflammes pour  une fête  qui va rassembler  la communauté juive de  la capitale. De  l’autre côté, ce sont  les services  municipaux qui s’activent  pour retirer  les  barrières qui  protégeaient  les  gazons du Champ de Mars,  pour  vider les  poubelles et ramasser toutes les  ordures  laissées par  les fêtards de  la  nuit, ceci en prévision de  la visite des  officiels du CIO. L’homme est revenu sur son banc. Je  l’ai vu dialoguer avec quelqu’un.


Bientôt  8 h,  j’ai vu  ma  marque sur  l’écran,  l’appétit vient en marchant. Le  120 est  jouable. Cependant,  il faut que  j’accélère  mon rythme. Je vais  à la tente  pour  me changer  une dernière fois et  me oindre  les  pieds. Tout  à l’heure,  j’ai eu  les doigts qui  ont gonflé. J’ai trop  bu ! Pendant  une demi-heure, tout en  marchant,  je vais masser  mes doigts afin de faire disparaitre cet  œdème.  J’avance,  les autres aussi. Steph a  lâché  prise sachant sa  marque  à 220 km  inatteignable. Le  Bagnard a troqué son  boulet pour  un petit chien dans sa  poussette, Vik au  pied léger  poursuit sa course rapide. Katia a  son  150 km en vue ! L’exaltation  m’envahit.  Dans  la dernière  heure, je suis dans  la dernière  heure. J’ai  une  marge de  plus de  20 min  pour boucler  mes  120 km. Confortable ! Si  bien que  je  me  mets  à l’abri quand  la  première  pluie s’abat sur  la course. Je repars en  prenant  ma marque en bois pour  un dernier tour. Je serre dans  ma  main ce ridicule  morceau de bois avec émotion. Dernier tour accompli, bientôt  10 h. Je continue  pour quelques centaines de  mètres dans  l’attente du coup de  pistolet. Et à ce son  libérateur,  je ressens à  nouveau ce sentiment d’immense  plénitude que  j’avais éprouvé  l’an dernier. Juste  pour ça,  pour ce défi,  pour cette  lutte avec  mon ennemi intérieur,  pour ces  immenses  moments de vie. Merci à tous ceux qui  m’ont encouragé,  pour ces  moments de  partage.

Pendant tout ce temps, un  homme est assis sur  un banc*.

 

 

*Mickey49 nous apprendra  par  la suite qu’il a  pris  un bus avec  un groupe  pour  une destination  inconnue

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Escort boy

Par Mustang - 10-02-2017 21:18:03 - 4 commentaires

Escort boy !

Parmi  les  nombreuses fonctions que  j’exerce au sein de  mon club et auprès de  la FFA,  je suis escort boy… euh,  pardon, escorte  pour  le contrôle anti-dopage.

J’avais suivi  une formation  théorique  l’an dernier avec  des représentants de  l’AFLD,  l’Agence française de lutte contre  le dopage. Jusqu’à  ce dimanche,  je  n’avais  pas  pu  mettre en  pratique la  procédure que  j’avais apprise. Dans  la semaine  précédente,  j’avais reçu  un  mail  précisant  mes fonctions sur cette compétition de cross : juge aux arrivées et escorte pour  le contrôle antidopage.

La veille au soir, j’étais  juge sur  le concours  longueur d’un meeting  international d’athlétisme (Je suis  juge fédéral sauts),  aujourd’hui  me voilà escorte !  Va  pour  une  nouvelle expérience. Cependant,  rien  n’est  sûr. Comme tout  organisateur doit  le  prévoir,  il faut  mettre en  place toutes  les conditions pour effectuer  un contrôle antidopage sans savoir si celui-ci aura  bien  lieu ;  le secret est de rigueur :

- Les  lieux avec  une salle d’accueil  pour  les athlètes, des salles  pour  les  médecins et des  toilettes F et H

- Le  personnel avec des escortes  femmes et  hommes en  nombre suffisants, de  préférence  licenciés FFA.

Je suis sur  le terrain depuis  9 h,  je  m’occupe des dossards  des  minimes  pour  les Intercomités et  ils viennent au compte-goutte les chercher, grrrrrrrr !. je  n’ai pas  trop  le temps de voir  à la fois  mes athlètes  à la tente du club,  ni de voir  les  premières courses. 14 h 30,  mon  téléphone sonne. Réunion des escortes ! Le contrôle  a  bien  lieu ! Nous  nous réunissons tous,  les escortes et  les  délégués de  l’AFLD. Petit  rappel sur  notre fonction en  mettant  l’accent que  nous devons  pas quitter  l’athlète désigné sans  le  gêner  pour autant,  comme aller sur  le  podium  ou répondre aux  journalistes.  Je reçois  le feuillet de  prise en charge de  l’athlète avec son  nom. Dans  un coin, son  numéro de dossard.  Les filles sont déjà  à l’œuvre  pour  la course Elites Femmes.

Voilà  la dernière course, celle des Elites  hommes. Je  me  place avec mes  petits camarades au bord  la  piste afin de repérer mon athlète. Six seront contrôlés ce  jour-là,  3 « ciblés » et  3 au  hasard. Première  petite boucle,  le  peloton est compact,  je  n’ai rien vu ! Deuxième  boucle,  la moyenne, le peloton s’est étiré,  les cadors devant. Le  mien, c’est  un cador ! Donc ça  va être facile de  le repérer. Euh, encore rien vu,  j’attends  le retour des coureurs sur  le deuxième  moyenne boucle quand  on vient  m’avertir que  mon  athlète  a abandonné sur  blessure! Oups ! Peu  importe,  même s’il a abandonné,  je dois  lui signifier  le contrôle. Je  galope vers  les tentes des clubs. Si certaines affichent  le  nom du club,  la  plupart est sans  indication. Me voilà   à l’entrée des tentes demandant si c’est celle du club de  mon athlète….  j’ai dû en faire  plus de vingt avant de tomber sur la bonne. Monsieur  untel est-il là ? Non,  il s’est  blessé,  il vient de repartir. Ah ! Cependant,  on  m’indique quelqu’un à une vingtaine de  mètres. Je  le rattrape,  lui demande son  identité. Il s’agit bien de  mon athlète. Je  lui  indique alors qu’à partir de cet  instant, il fait  l’objet d’un contrôle antidopage. Sur  le feuillet,  j’indique  l’heure et  il  impose sa signature. Je  lui remets le dernier  feuillet de  la  liasse. Je  m’assure qu’il a  une  pièce d’identité sur lui. Il  ne  manifeste aucune contrariété. Il souhaite simplement rejoindre son épouse venu en spectatrice.  Je  les ramène a à la salle d’accueil. Madame restera dans  le  hall, au chaud. Je  m’assure qu’elle  n’a  besoin de rien.

Je  le conduis dans  la salle d’accueil des athlètes qui est  bien remplie avec  les trois féminines, les cinq autres garçons et  leurs escortes. De  l’eau en petites bouteilles scellées est  à leur disposition. Je remets  au délégué  la  liasse du  procès-verbal. Des escortes accompagnent des athlètes  pour  les  podiums, d’autres  pour aller chercher  une  pièce d’identité. L’ambiance un  peu tendue au début  va se décontracter au fur et  à mesure car aucun de ces athlètes  n’a envie d’uriner ! L’attente commence. Les  médecins conseillent de boire  par  petites gorgées mais  pas  plus de  0,50 cl à 1 l car il  ne faut  pas  que  l’urine soit trop diluée ! Donc, c’est  une  papote sympa  qui s’installe avec ces athlètes qui sont des champions,  les  médecins,  les délégués et  nous. Ce sont  les filles qui vont  gagner  au  petit  jeu du  premier  pipi. Les  garçons  prennent cela  à la rigolade. On  les emmène dans  le couloir  pour  marcher  un  peu,  prendre  l’air dehors ! Patience.  Nous  leur demandons de temps en temps s’ils se sentent  prêts. Il  faut savoir que  le  médecin doit  observer  l’athlète en train d’uriner dans  le flacon. Un  nous dit que cela  le  gêne. Il  préfèrerait se  mettre  complètement  à poil et  pisser tranquillou,  mais se savoir  observer en train de  pisser… ! Cependant, un  à  un,  ils vont  pouvoir remplir  leur flacon. A  la sortie des wc,  ils  brandissent victorieux  leur flacon faisant  la  nique  à ceux qui sont  toujours en attente du  bon vouloir de  leur vessie ! Le  mien a  terminé  mais  je dois attendre  mon camarade de club qui n’en a pas fini avec  le sien.   Voilà, il est  18 h 30, soit  près de  2 heures après  l’arrivée de  la course que  les  opérations se terminent. Les accompagnateurs qui attendaient  leurs athlètes vont enfin  pouvoir repartir, certains  ont  plus de  5 heures de route pour rentrer !

Pour  moi et  mes collègues de club,  une  longue  journée mais une belle expérience acquise !

Mustang

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Ma première fois

Par Mustang - 03-11-2016 15:46:20 - 9 commentaires

C'est  une chose pour laquelle  je  n'ai  pas eu l'occasion de vous  narrer. Le Lutin connaît bien  mon côté  pudique,  lui qui aime me raconter des  histoires  bien salaces juste  pour  me faire rougir ! Il en va de  même  pour  mes sentiments que  j'ai du  mal  à exprimer.  Enfin,  je vais vous raconter  ma  première fois. En fait,  il  y en a eu deux mais avec  la  même  personne !

La  première est arrivée ce jeudi matin,  jour de rentrée scolaire après  les vacances d'automne à Montpellier. J'ai  pu accompagner  mon  petit-fils  à l'école ! Cela  ne  m'était pas  jamais arrivé avec  mes  trois  enfants. Etant enseignant et directeur d'école, il m'était bien sûr  impossible de  les conduire  à l'école, même quand  ils ont été dans  ma  propore classe ! Jamais eu ce  moment émouvant de  les conduire  pour  leurs  premières rentrées, d'attendre avec les autres  parents  l'ouverture des grilles, de rencontrer leur enseignant dans  la cour ! Là, depuis  une semaine,  mon épouse et  moi sommes  à Montpellier  pour  garder  notre  petit-fils.  Ce  matin, c'est donc branle-bas de combat pour cette rentrée d'automne. Tout est  prêt,  le  petit sac  à dos,  la  pochette de  l'école avec les travaux du  mois  passé. J'ai bien  la carte de cantine. Il est  8h25, en route ! L'école  n'est pas  bien  loin,  à peine  300 m  à  pied. Marcus  nous conduit à travers  les allées de  la résidence pour rejoindre  la rue. En chemin,  tenu par  la  main  par  nous deux,  il s'amuse  à enjamber des crocodiles  imaginaires sur le trottoir. Arrivés au carrefour,  nous attendons que  le feu piéton passe au vert en compagnie d'autres  parents avec  leurs enfants. Dans  la rue, c'est  un peu  le bazar avec des voitures garées n'importe comment. Nous arrivons enfin devant  la  porte de  l'école. Mais  il faut attendre  8h35,  heure d'ouverture réglementaire ! Des  mamans, quelques  papas accompagnent  leurs enfants. Voilà,  la  porte s'ouvre.  Un  peu de bousculade avec  les  poussettes,  les  petits avec  leur vélo,  leur  trottinette qu'ils conduisent au  garage au vélo en passant  par ce couloir ! Nous restons sur  le côté afin de  pointer pour  la cantine ! Voilà, Marcus  nous conduit  par la  main vers sa classe.  J'en suis tout attendri; quelques petits  ont  les  larmes aux  yeux. Il faut  monter  à l'étage pour rejoindre sa classe. Dans  le couloir, en face, les  patères avec une étiquette  à son nom. Nous  y accrochons sa veste et son  petit cartable. A  peine entré,  il file vers  une  table pour  jouer sagement avec quelques  objets. Nous saluons  la  maîtresse en nous  nous présentant. Nous échangeons quelques  mots avec elle mais  nous  ne  pouvons pas  nous attarder ! Un gros bisou à notre  petit-fils et  nous quittons  l'école. Beaucoup d'émotions pour ce bref  moment !


L'autre  première fois  a eu  lieu dimanche,  à l'arrivée de  la course  du "Tiers de Marathon" de  Lavèrune. Mon  petit-fils  m'y attendait. Quelle fierté  pour lui comme  pour moi de franchir  la  ligne d'arrivée ensemble pour  la  première fois !

Des  moments simples qui comblent  une vie !


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10 h 04

Par Mustang - 16-04-2016 01:01:58 - 4 commentaires

Je  n'ai  la  ver... heu la verve du Lutin,  mais  j'ai réussi  à écrire  un récit sur  ma NFL. Cela faisait bien longtemps que  j' en avais écrit  un, c'est ICI

C'est le  80e  !


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L'extincteur n° 93

Par Mustang - 05-03-2016 00:10:34 - 13 commentaires

L’extincteur  n° 93

Il doit  être  11 h 20. Je suis au  troisième étage du centre Jean Bernard. Je  viens de  subir  la 4e scintigraphie en  6 mois. Je suis arrivé  à 8 h  pour  l’admission. Je suis déjà passé  par  la case scan ! Là, dans ce couloir,  j’attends l’entretien avec  le radiologue. Je  n’ai rien avec  moi,  j’ai tout laissé dans  le  petit salon où j’ai  pris tout  à l’heure  mon  petit déjeuner. L’infirmier qui va m’accompagner toute la journée a demandé  à Mireille de rester dans ce salon. Je sais qu’elle va s’y  morfondre. Pas de  bouquin,  pas de smartphone,  même  pas de  mots fléchés ! Je suis en t-shirt avec  juste  un  pull jeté sur  les épaules… et  mon jean ! Rien donc.  Je connais  par cœur ces  lieux.  Ce  n’est  pas vraiment  une salle d’attente,  plutôt un couloir qui se termine par  un espace donnant sur  une baie vitrée. Je me suis calé sur  une chaise face à ce couloir. A ma droite, se trouve la salle d’injection des isotopes radioactifs. Le  protocole est toujours impressionnant, notamment avec cette seringue blindée et le cérémonial qui y préside. Devant  moi, légèrement sur  ma droite, les deux cabines numérotées 1 et  2 qui servent de sas avec  la salle d’examen. J’ai un pilier face à moi si bien que  je  ne vois que  partiellement  le chiffre 1 apposé sur  la  porte de  la  première cabine. Derrière  moi, légèrement sur  la gauche, ce renfoncement vitré où je devine  la  présence de deux  personnes qui attendent. A aucun  moment, je  me retournerais pour  les voir.  Voilà déjà un temps certain que  je  ne regarde plus derrière  moi, même dans cette circonstance anodine.  Non, je ne regarde  plus derrière  moi, désormais, c’est toujours devant  moi. A gauche, les WC, et  un espace où je ne vois qu’une alcôve  où se repose une femme recroquevillée sur sa couche. Derrière  moi, sur  ma droite, une  porte donne sur  une petite salle  où est préparé le  matériel d’injection et  où est stocké tout  le nécessaire aux différents  protocoles d’injection. Enfin, devant  moi, ce couloir avec, au-delà du distributeur d’eau, quelques chaises où ont  pris  place à cet instant  deux femmes. Ce couloir distribue également  sur  la droite, les  pièces  des  manipulateurs. A gauche, c’est celle du radiologue. Au fond, à gauche, c’est  l’issue avec, cependant, juste dans  le  prolongement de ce couloir,  une cabine avec  le numéro 1 sur sa  porte. Un voyant  rouge restera allumé  en  permanence au-dessus de celle-ci. Derrière le  pilier, se trouve un homme assis sur  une chaise roulante. Et  pour finir, sur  ma droite, près de  la  porte de  la salle d’injection, cet extincteur rouge. Il  porte le  numéro 93.

Je  me suis enfermé dans  mon espace. Seul  va  m’importer  le  moment  où le radiologue  va  m’appeler. Je détaille  les  inscriptions de  l’extincteur rouge. C’est un extincteur  à eau pulvérisée. Son fonctionnement est  indiqué par des  pictogrammes. Une étiquette située sur sa  base  indique les différentes vérifications dont  il a fait  l’objet, certifiées  par  une signature et une date. Son  numéro  93 me fascine, je  ne sais  pas  pourquoi. Sa couleur rouge attire  irrésistiblement mon regard. J’arrive  à me soustraire  à cette fascination. J’observe  l’homme assis sur sa chaise roulante. Il est ailleurs, sa  tête dodeline en  permanence. Son  âge est  indéfini,  peut-être  50 ans voire  60ans,  peut-être  plus.  Il est extrêmement  maigre. Son  pantalon gris en coton flotte sur ses cuisses. Il porte des chaussures de toile grises, des chaussettes grises également mais  plus claires,  un  pull  marron.  Son visage légèrement émacié est  orné d’une  moustache, cette  moustache qu’avaient  les  hommes dans  les années  60-70, comme celle qu’ a  mon  parrain. Son regard est  perdu. Je reviens sur  mon extincteur, sa vue  m’apaise.  Sur  la  gauche,  près de  la fontaine  à eau,  une femme. Coiffure rousse frisée, elle  porte  une étonnante doudoune verte. Elle a  le visage coloré. Ses  yeux sont soulignés de  bleu. Elle a  une sorte de sourire figé mais son regard est désespéré. Son attitude suscite  la compassion.  Mais que ce soit  ici,  ou ailleurs, dans  les autres salles d’attente de Jean Bernard  ou de Victor Hugo, je  me refuse  à entrer  en contact avec qui que ce soit, même du regard. C’est  ma  manière  à  moi  pour  me  préserver. Je reviens sur  mon extincteur que  je détaille  à  nouveau.  J’ai aperçu  le radiologue qui est sorti dans  le couloir  pour appeler  une  personne qui se trouvait derrière  moi.  La femme qui était allongée dans  l’alcôve s’est  levée et  remplit  un gobelet d’eau  à  la fontaine. Elle s’impatiente  à  haute voix. Son attitude  me déplait.  Le radiologue est sorti à nouveau  mais  il va chercher  une personne dans  l’autre salle d’attente  à l’entrée. Dans  le couloir, des  infirmiers  vaquent  à leurs  occupations. Ils entrent et sortent des différentes salles, totalement étrangers aux  personnes assises, comme dans deux  mondes  parallèles. Une femme vient de s’assoir à côté de  la dame rousse. Elle est chaudement habillée, engoncée dans  un gros  manteau. Je  l’ai vu tout  à l’heure dans  le  petit salon. Elle  me sourit, cherchant un soutien  à son angoisse qui  l’étreint.  J’esquisse un semblant de sourire et retourne  à mon extincteur. La  porte du radiologue s’ouvre  à nouveau, une  personne  en sort mais le  patricien demeure dans son bureau. Un  infirmier  appelle  la dame au  manteau. Il  lui donne  les consignes pour  passer  l’examen : «  Vous enlevez  votre  pantalon, vous  pouvez rester en soutien-gorge ! ».  Moi, tout  à l’heure,  j’ai eu droit  à «  Vous  vous  mettez en slip,  vous  pouvez  garder  votre  t-shirt . Auparavant, vous  irez  uriner ! ». Il y a des  mots qui tuent. Un autre  infirmier appelle désespérément  une  madame X, elle  n’est  pas  là. La dame  impatiente va toquer  à la  porte  ouverte du radiologue, elle échange avec  lui quelques  mots et revient. Je vois ce  manège d’un mauvais  œil. Je  pense  à Mireille qui doit se faire  un sang d’encre.  Pour  la  première fois, elle  ne sera  pas  à mes côtés  pour  les résultats. Une dame encombrée de sacs arrive ; elle  paraît  jeune,  un  peu  à l’arrache. C’est  la fameuse  madame X. L’infirmier  lui  montre  la cabine n°1 du fond  où elle doit se rendre. Auparavant,  il  lui demande d’aller  uriner dans  les WC. Pas de chance,  ils sont  occupés  par  la dame  impatiente !  Je  me raccroche  à  mon extincteur.

Des  personnes défilent dans  le cabinet du  radiologue ;  je  ne suis toujours  pas appelé. J’ai fait  le vide dans  ma tête. Ne rien  penser,  ne  pas  être. Une  femme arrive, d’un  pas  très digne. Elle  porte  un turban sur  la tête. Pas  besoin d’en dire  plus. C’est une  habituée des  lieux. Cela va faire bientôt  une  heure que  je me  morfonds sur  ma chaise. La dame  impatiente  puis  la dame  rousse sont appelées. Pour  moi, cela  ne devrait  plus tarder.  je  ne regarde  même  plus  l’extincteur,  juste  le  pilier  blanc devant  moi. La grosse dame  a terminé son examen et est revenue sur sa chaise. Etrangement,  le  monsieur sur  la chaise roulante est toujours  là,  à dodeliner de  la tête. Il doit bien  être  12 h10. Je  ne sais  même  plus  si  je regarde quelque chose.  C’est  la voix du radiologue  me  nommant qui  m’arrache  à mon  néant et  me  propulse d’un pas vif dans sa direction….

Poignée de  main chaleureuse  puis  je  m’assois dans son bureau… Enfin,  il étale devant  moi  les radiographies que  je scrute avec avidité…. Les taches  noires  n’ont  pas évolué !

Je retourne dans  le couloir  où l’infirmier va  me reconduire dans  le petit salon de Victor Hugo,  auprès de Mireille. J’y  prendrai  mon déjeuner, rasséréné. Je  ne quitterai  les  lieux que vers  16 h  après  les  prises de sang, l'entretien avec  la responsable du  protocole  et  la visite chez  l’oncologue. 

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Courir en prison

Par Mustang - 08-12-2015 22:50:17 - 16 commentaires

Courir en  prison

Ce matin de décembre, froid et  humide,  nous  nous garons sur  le  parking de  la centrale  pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe. Nous sommes  une douzaine, en tenue de sport. Nous allons courir avec des détenus dans  la  prison  la  plus sécurisée de France !

A  la  grille d’entrée,  nous sommes accueillis  par X…, délégué  par l’UFOLEP pour  l’animation sportive au sein de  l’établissement. Premier contrôle d’identité, première grille franchie,  premiers  hauts grillages de  l’allée qui conduit aux  bâtiments  pénitentiaires. Sur  ma gauche, vision étonnante de  jeux d’enfant dans  une  petite cour clôturée. Elle est attenante aux Unités de Vie Familiale.

Nous  pénétrons dans  un hall d’accueil. Nous échangeons  nos cartes d’identité contre  un  badge magnétique. Nous nous délestons de tout ce qui est  inutile dans un casier avant de traverser  un  portique de détection. Le  passe  nous  permet de  franchir  un  tourniquet. Nous quittons cette  pièce  pour  une autre puis  une suivante qui débouche  à  l’air  libre (!). C’est  là que  la  prison commence. Grillage, barbelés, clôture électrique, les  murs  impressionnants  par  leur hauteur. Une  longue allée joliment  paysagée nous conduit aux  bâtiments  pénitentiaires. Aux fenêtres, des  barreaux bien sûr  mais ceux-ci sont disposés de  manière  particulière,  pas tous  parallèles comme  il se doit  mais certains de guingois. Nous voilà dans  un grand  hall. Nous  prenons  un couloir  à droite  qui distribue différentes  pièces aux fonctions administratives. Dans  une  petite salle, atour d’une table nous avons droit  à un café d’accueil avant  le briefing avec  les deux animateurs sportifs et  une surveillante. Les questions fusent. Il faut dire qu’il  n’y a pas  une semaine  où  les  journaux rapportent des incidents  plus  ou  moins graves entre détenus et surveillants ici ! Cet établissement abrite les  longues  peines et des individus à la renommée tristement célèbre en France voire dans  le  monde entier !

Voilà, c’est  le  moment. Nous nous trouvons  maintenant dans  un immense  hall. A gauche,  un  portique de détection dernier cris pour  les visites au parloir. A droite,  trois grandes grilles qui donnent accès aux trois  unités où résident  les détenus. Pour  moi, c’est  la  3 avec quatre de  mon groupe. Là,  il  ne s’agit  plus de franchir des  portes  blindées,  mais de  lourdes  grilles commandées depuis  une  pièce sécurisée.  Première grille,  puis  une deuxième, enfin  une troisième qui débouche sur  la « cour ». Elle est en  forme de  losange dont deux côtés sont  les ailes des  bâtiments abritant  les cellules,  les deux autres sont fermées  par  une  haute enceinte de béton. Une allée conduit au terrain de foot. L’allée comme le terrain sont clôturés par  un  haut  grillage couronné de rouleaux de  barbelés. Le terrain a  un revêtement herbu synthétique où  pourtant de  la vraie  herbe  pousse par touffes ! Ce sont  plus  les dimensions d’un terrain de  hand que celles d’un terrain de foot. Des  ballons sont  coincés dans  les  barbelés. Trois  urinoirs sont disposés sur  le  petit côté près de l’entrée. De  nombreux détritus tombés des fenêtres des cellules  jonchent  le no man’s  land  herbeux entre  les  murs et  le grillage délimitant  le terrain de  jeu. Beaucoup de celles-ci sont  occultées  par des serviettes ou des tissus  quelconques. Le terrain est dominé  par  un haut  mirador. Un réseau de filins soutenus  par  des  pylônes est tendu au-dessus de la  prison afin d’empêcher toute évasion  par  la voie des airs !

Cinq détenus  nous attendent. Nous échangeons  une  poignée de  main. Je  n’ai pas d’état d’âme  particulier en  les saluant. Je  ne suis  pas  là pour  ça ! Je  ne saurai rien d’eux. La surveillante  nous rappelle  les règles : 10 tours de terrain rapportent  un euro financé par  un prestataire de  la  prison et  par  les détenus eux-mêmes.  Je me défais rapidement de mon  pantalon de survêtement et de  mon sweat. Nous  nous regroupons  et c’est parti. Auparavant, nous avions demandé aux détenus dans quel sens  ils « tournaient » ;  nous tournerons donc dans le sens sénestrogyre. De suite, c’est  une bonne allure de footing. J’ai de bonnes sensations et le terrain est agréable à  parcourir  par sa souplesse. La configuration des  lieux rend  particulièrement étrange ce footing avec  bien sûr le haut grillage couronné de  barbelés,  mais c’est surtout ce rythme syncopé qu’impose la brièveté des  lignes droites  à  parcourir. Peu  à peu,  le groupe se disloque. Yannick, une autre  jeune et  un détenu  commencent  à prendre  le  large… euh, façon de  parler ! Je reste au contact d’un  prisonnier. Nous échangeons quelques  mots.  J’évoque  mon  passé d’ultra-marathonien, de ce  plaisir  à courir dans  la  nature ;  lui,  de  la course comme  un  moyen de se défouler, de s’évader bien sûr ! Là, dans  l’instant, nous sommes dans  la  même foulée, côte à côte, chacun avec son histoire, à apprécier le  plaisir de courir, de ressentir cette  impression trouble d’apesanteur entre deux appuis au sol, d’apprécier cette translation rapide et légère dans un espace contraint. Peu  à peu, son allure baisse alors que la  mienne s’élève.  Le groupe de coureurs est  maintenant réparti sur  tout  le circuit ; seul, Yannick et  le  jeune restent  avec un barbu. Ils vont faire dix tours  à fond !

Dans  l’allée, d’autres détenus sont venus voir ou  prendre  l’air,  un va se renfrogner dans  un coin. Il a  le visage dur et  fermé, pas  la  peine d’essayer de communiquer avec  lui,  même du regard. Un détenu est  parti en  marche arrière  pour soulager un mollet douloureux,  la capuche sur la tête, de gros écouteurs sur les  oreilles. Plus  50 min sont  passées, les copains se sont arrêtés. Je continue encore  pour  une dizaine de  tours. Voilà,  le contrat est rempli.  Pendant que  la responsable comptabilise  le  nombre de  tours parcourus par chacun, un détenu,  le cheveu ras, des bras gros comme des cuisses, entreprend de  faire des  pompes par séries de  25. Il en fera  500 ! Pour  mon compte,  j’ai accompli  82 tours, soir,  à peu  plus de  9 km ! Poignées de  main, tapes dans  le dos et on se dit au revoir. Ce fut  un bon  moment où le sport a servi de valeur partagée.

A  nouveau, nous, enfin  les coureurs de  l’extérieur, franchissons  les grilles et  les  portes  pour rejoindre  la  petite salle pour  un petit débriefing avec les   moniteurs. Les visages  n’affichent  plus  l’appréhension de tout  à l’heure. Tout  le  monde est détendu. Puis ce sera  une  photo devant  la centrale  pour la presse. L’après-midi,  les détenus continueront  à faire des  pompes et  à « pousser » de  la fonte. un total de  430 euros sera récolté au  profit du Téléthon.

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Une campagne française

Par Mustang - 14-09-2015 19:11:01 - 6 commentaires

Une campagne française

Pour  le  premier vendredi de septembre, j’ai programmé à nouveau  une sortie longue en vélo  bien que la  météo annonce  un temps  plutôt mitigé. Il s’agit avant tout de « faire passer » la  journée du  jeudi au centre Jean Bernard !

Ce sera cap au Sud ! Je  prévois dans  une  première  partie de suivre  l’itinéraire du raid que j’avais parcouru dans  la  nuit du 19 avril 2008 lors du relais UFO Ultra Méga Toff / Sées-La Bazoge. Il s’agit  pas  pour moi de revivre  une épopée,  je ne suis pas dans  une démarche proustienne, à  raviver des souvenirs  pour  les revivre  à nouveau. Non, ce qui a été vécu est révolu, les souvenirs sont bien là,  magnifiés sans doute,  mais  il  me  plaît de superposer parfois de  nouvelles  impressions sur des anciennes en des  mêmes  lieux, peut-être pour prendre  la dimension du temps écoulé,  mais aussi de saluer ces  lieux comme  on salue  un vieil ami. Ainsi, chaque fois que  je  passe sur  l’autoroute au sud de Valence,  je  ne  manque  pas de  jeter un regard amical vers  la silhouette  particulière des Trois Becs.

La route que  je suis est  parallèle à la N138, en bien  plus calme ! C’est  une  petite route sympathique qui ondule  à peine dans  la campagne sarthoise ;  ce n’est  plus  un bocage mais pas encore des  opens fields,  paysages que  l’homme a  modelés pour l’agriculture et  l’élevage. Passé  les carrières des Noës, je dégringole vers Oisseau-le-Petit.  A un carrefour,  un fanum marque  la  présence d’une  ville gallo-romaine de grande  importance. Elle git sous les champs en attendant les archéologues du futur, après avoir subi des fouilles au XIXe siècle, plus  orientées vers  la recherche de trésors que vers l’exploration raisonnée  d’un site remarquable. Au nord-ouest, sur une colline bordant cette  plaine, l’oppidum gaulois  de St-Evroult  indique  la valeur que  les  hommes autrefois accordaient à ces lieux de  passage.  Non,  je vous  ne dirai  pas que  je suis  venu sur le site du fanum avec  mes  élèves dans  la cadre d’un  projet  pédagogique en compagnie d’un archéologue alors que le site était en  phase de restitution et qu’un élève avait trouvé  dans  un tas de déblai une  pièce romaine !

Sur  la route,  je croise  un couple de vieilles  personnes occupé à ramasser  des mûres dans  les  haies  généreuses. Voilà  une activité qui se  perd. Pourtant, c’est si facile de récolter ces fruits charnus et d’en faire de délicieuses gelées ! A la  maison, nous en sommes à plus de 40 pots confectionnés  par  mon épouse ! Passé Fyé, je coupe la départementale qui conduit à  La Hutte  pour emprunter une charmante  petite route. Les  odeurs suaves d’une  peupleraie assaillent mes  narines, vite remplacées cependant  par celles plus tenaces, émanant des chaumes d’un champ de colza. Personnellement, je  n’ai aucune répugnance  pour  les odeurs fortes de  la campagne, comme celles du  lisier que  les agriculteurs répandent en cette saison sur  leurs champs.

A  la  même  heure,  hier,  je  m’installais sous la  première  machine de  la  journée pour  un  nième scan. Cette fois, l’infirmière a été  particulièrement brusque  pour  placer  une voie dans  mon bras  gauche.  Examen tranquille par  un appareil que  je connais bien. Juste  le ronflement de  la  machine en rotation, pas  le bruit  infernal de l’IRM ! La  machine  la  plus étonnante à laquelle  j’ai eu à faire a été  le cyberknife  à Tours,  il  y a 3 ans. J’avais eu l’impression d’être sur  une chaîne de  montage automobile avec  un robot  effectuant des  points de soudure sur  la carrosserie ! A chaque séance, voir ce  bras articulé qui virevoltait autour de  moi provoquait  en  moi  l’admiration  pour  le génie  humain qui avait conçu une telle machine, même si  le résultat fut négatif  par  la suite. Je file au  3e étage  où une charmante  infirmière  me  prend en charge pour  une  prise de sang dans le bras droit car j’ai gardé  la voie du  bras gauche  pour la suite ! Va  pour  12 tubes !  Puis  j’ai droit  un questionnaire car  je vais suivre un programme  particulier avec suivi quotidien par Internet ! Je redescends au  2e  pour  l’injection d’iode en vue de l’examen de  l’après-midi. Je blague avec  l’infirmière  sur  le bon repas du  midi que je  me  promets de faire en attendant  l’examen.

Après  un  petit bois, la route descend en pente douce vers  la Sarthe que  je franchis au Gué-Lian par  un  vieux  pont. La rivière s’écoule paresseusement entre ses sept arches. Des  barques amarrées sont autant d’invitations à la  flânerie au fil de  l’eau. Je me retrouve sur une départementale  où la circulation va  m’inciter  à la  prudence. Dans  le virage  je  jette  un œil  à la Commanderie. Quelques  kilomètres plus  loin,  je  prends  la direction  à droite d’Assé-le-Riboul. Là encore, la simplicité des  paysages  m’enchante. Tout  m’émeut (!). Près d’une ferme, un bâtiment circulaire que d’aucun  prendrait  pour  une tour ou  un  pigeonnier est  le vestige architectural d’une activité agricole dont  la région s’était faite  la spécialité autrefois, la culture du chanvre. Il s’agit donc d’un four  à chanvre. Le chanvre demeure une culture locale, ici, dans  le  nord-Sarthe et  le Saosnois. Et fin août, les effluves se dégageant des  hautes plantes sont  loin d’être anodines ! J’arrive  à St-Jean d’Assé,  petit  village  plein de charme. Je  poursuis  mon périple vers  La Bazoge. Sur  ma droite, Notre-Dame des Champs, les coquilles St-Jacques  fixées sur des  poteaux téléphoniques en sont  les  balises pour qui souhaite  y faire halte. J’attends avec  impatience d’arriver à un endroit  particulier, c’est celui que j’aperçois depuis  l’autoroute, en bordure de  la forêt, c’était la dernière difficulté de  notre  périple UFOeste : une  petite côte de rien du tout ! J’y suis ! Plaisir de retrouver  une vieille connaissance. Je  me  laisse glisser vers  l’étang  au bord duquel je compte  me restaurer.

Hier, après  l’injection,  permission de deux  heures pour le repas de  midi. Mireille et  moi avons  nos habitudes dans  un restaurant  place de  la République. Le soleil est  bien  présent  mais il  joue à cache-cache avec  des  nuages,  nous nous  installons cependant en terrasse. Nous commandons le  menu du  jour. Après  l’entrée, je  m’attaque au  plat de  poisson commandé,  une tranche d’espadon avec une sauce assez banale  à  l’oseille. Peu  importe, le  moment est superbe. Nous discutons tranquillement. Soudain,  mon attention est attirée  par  un groupe de personnes assis sur les  marches de  la Poste Centrale, à une vingtaine de  mètres de  nous. Mireille n’en voit rien  puisqu’elle  leur tourne  le dos et  ils sont face  à moi. Une  jeune  homme se  lève et  brandit en direction des  passants une  mitraillette ! Stupeur ! Je sais que  l’arme est certainement factice à cause de  l’attitude rigolarde du groupe. Il n’y a pas de réaction  particulière dans la foule, pas de cri !  L’arme est fausse certes mais  il n’en demeure pas  moins  que  le geste est vrai,  sa réalité insoutenable,  monstrueuse ! L’homme continue  à faire  le fanfaron avec son arme pendant encore quelques  minutes. Puis  la  police débarque : de  nombreux  policiers avec des  gilets pare-balle, certains  la  main sur leur arme  à  la ceinture,  se  précipitent sur  le groupe. Pas de violence, le groupe est rapidement embarqué dans  les véhicules de  la  police. Nos voisins de table  ont  perçu  l’agitation, sans  plus. Je  ne  peux pas dire que  la  place retrouve son calme puisqu’en fait  il n’y a pas eu d’agitation particulière comme si cet  incident n’avait  jamais existé. C’en est des  plus troublants.

Après  mon repas, je traverse La Bazoge  pour  prendre  la direction de la Chapelle-St-Fray. Nous sommes  proches du Mans. De  nombreux  pavillons, certains particulièrement cossus,  jalonnent  la route. Après  la forêt,  la route  me conduit vers  le village  perché sur une colline. Comme  j’entre dans le bourg, je   perçois des bruits familiers : ce sont  les cris des enfants dans  la cour de récréation de  l’école du village. Ils vont bientôt rentrer en classe. En passant devant  la cour, j’ai  la vision étonnante d’une  petit fille  habillée d’un gilet  de  laine comme on  n’en fait  plus  maintenant, appuyée contre un tilleul qui observe  les autres avec ce regard désespéré lorsqu’on se sent rejeté, ce regard que  j’ai souvent observé dans mes cours de récréation !


Le  pays se vallonne, devient  plus  bocager, ce qui  n’est pas pour  me déplaire. A  chaque arrivée en  haut d’une côte, comme  la victoire d’être arrivé  jusque-là, j’ai  la vision d’un paysage agreste qui  porte  à  la sérénité. A Neuvillalais, les enfants ne sont  toujours  pas rentrés en classe ! La cour est remplie de cris  joyeux,  pas de  petite fille au regard triste !

14h, je suis dans  le couloir en attendant que  la  place se  libère.  Je suis  invité à patienter  dans  la cabine attenante  à la salle d’examen. C’est  le  moment qui  m’insupporte  le  plus.  Je  m’y sens déshumanisé. Une chaise,  une  patère, rien d’autre. Ah si, dans celle-ci,  un  petit miroir ! Parfois,  l’attente est  longue. Je  m’y  morfonds, entendant  les  injonctions  des  opérateurs. Pour  une fois, c’est rapide. Je retrouve  mon  infirmière et  lui raconte  mon bon repas ! Je  m’allonge. La  masse grise du bloc s’approche de  mon visage. J’en ai  pour  vingt  bonnes  minutes. La  machine  prend son temps  pour  parcourir  la distance qui va de ma tête  à mes  pieds ! J’en profite  pour sommeiller ! L’opératrice  goguenarde me réveille ! Je rejoins  la cabine  où je  me rhabille et attends dans  le couloir  de rencontrer  le radiologue. Quelques  minutes  plus  tard, celui-ci  m’invite dans son bureau. Mon épouse  nous rejoint. Il étale devant  nous  la scinti que  je viens de  passer, en regard de la  précédente. Je  n’ai pas besoin de ses commentaires. La vision des taches  noires qui  ont gagné en dimension  par rapport  à la dernière fois est suffisamment éloquente. Je  n’ai pas d’émotion  particulière à leur vue,  je  les regarde calmement. Je me suis  mieux  préparé à cet  instant que l’an dernier  où le tep-scan  m’avait  fait ressembler  à un sapin de Noël tant  il y avait de  points  illuminés !  Le radiologue se croit  obligé de  m’indiquer qu’il  y a de  nouveaux traitements pour  ma situation. Je  n’en doute  pas !

Je continue  mon  périple en traversant des villages que  je  ne connaissais pas : Crissé, Pezé-le-Robert. Je  prends  la direction de Montreuil-le-Chétif. Ah,  le charme dégagé  par  les  noms de ces  petits villages français ! Là,  les affaires se corsent. Ne reculant devant aucun effort, j’entreprends  l’ascension qui me  mène  au col de  la Source  à l’altitude de  235m dans le bois de Pezé, appendice de  la forêt de Sillé-le-Guillaume. J’ai  la  musique d’Agnès  Buen Garnas pour  m’accompagner dans cette ascension. Le sommet en vue,  l’inscription sur  le bitume « ouf ! »  me fait sourire.  Dur de  monter,  mais  plaisir ensuite d’une  longue descente dans  la forêt ! Les  pluies récentes  ont fait sortir  les champignons. Les voitures des ramasseurs encombrent les entrées des allées.  Douillet, Sougé-le-Ganelon puis Assé-le-Boisne sont  les villages suivants que je traverse. Le dernier est  particulièrement  pittoresque avec de belles demeures de  pierre. Un commerce attire  mon attention, c’est  un café-quincaillerie ! Rien que  pour lui, faites  le voyage d’Assé-le-Boisne !


J’attends que  le car jaune de ramassage scolaire de  la Sarthe ait fini de  manœuvre sur  la  place pour rejoindre  la route de Gesnes-le-Gandelain. Alençon est en vue. Je termine  ma sortie du  jour de 120 km  au magasin de sport du copain-entraineur. J’y retrouve des athlètes de  mon club. On  papote,  on  papote  mais  il y a des clients !


Le dimanche suivant, longue sortie trail de  20 km en forêt  pour s’achever comme  il se doit, au bar de Radon avec  tous  les copains.


Elle  n’est  pas belle, la vie ?

Z

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Balade hiesmoise

Par Mustang - 19-08-2015 17:01:58 - 5 commentaires

Balade hiesmoise

Ce  lundi  17août,  le temps est  un  peu chagrin  toutefois  j’ai  programmé  une sortie vélo un  peu  longue. Je  me sens bien, alors autant en profiter !  En  panne d’inspiration et  pour changer de  la dernière fois  où j’avais  mis  le cap vers  le sud,  là ce sera  plein  nord ! Sortie  longue, donc ravito et eau en conséquence.  Sous  le  maillot,  je  mets  juste  un  petit débardeur fin et  des  manchettes  pour  les  bras. Ce sera  un  peu  juste  pour  le  matin  avec  les  16° mais  plus couvert,  j’aurais été  gêné ! Je  prévois toutefois  un coupe-vent sans  manche dans  le sac. Je traverse Alençon  par  les  boulevards.  A  la Pyramide,  grand rond-point névralgique, un van  me grille  la  priorité,  un  peu comme d’hab ! J’ai de bons freins et  j’évite de  justesse de  m’écraser sur  la carrosserie du véhicule. Voilà,  je file vers  la sortie de ville et arrive sur  la route d’Essai. C’est  une route très agréable dans  la  plaine, route filante que  j’affectionne en retour de balade. Mais,  là, ce sera  pour  me  mettre en jambes pour  la  journée. Sémallé, Larré, Menil-Erreux sont  les  premiers villages traversés, simples villages-rues mais que  les édiles  locaux ont su  mettre en valeur ! Après Bursard, la route se courbe dans  une  légère  montée pour  atteindre  un des  plus  beaux  haras de Normandie, celui de Bois-Roussel. Perfection des bâtiments,  perfection des enclos, perfection des perspectives : tout concourt  à une  harmonie des  paysages. Je suis  toujours subjugué par cette  harmonie que  l’homme a su construire.


La route ensuite  plonge vers  le  petit bourg d’Essay. Essay, terre de  mes aïeux.  Certes,  mais  pas de réelles racines juste  le  hasard de  nominations administratives. En  l’occurrence,  il s’agit celle  de  mon grand-père comme gendarme  à cheval. A vrai dire,   je  ne connais  pas vraiment l’arbre généalogique de ma famille du côté  paternel. Qui est donc cette grand-mère allemande  mariée  en  1900 ? Le temps est  passé. Je  n’ai  jamais connu  mes grands-parents. Je suis  le  plus  jeune de  la famille, enfant tardif d’après-guerre ! Je  passe devant le cimetière où arrière-grands-parents,  grands-parents,  oncles, tantes et désormais cousins reposent.  Sur  la droite, aux feux,  je fais  un détour vers le  manoir de  la Bonnerie.


C’est  une belle demeure magnifiquement restaurée avec un  jardin exceptionnel créé de toute  pièce par  l’actuelle  propriétaire. L’an dernier, avec  mon épouse,  nous avions  visité ce  jardin et  j’avais stupéfait  notre hôtesse en  lui  précisant que, sur  une  photo ancienne mise en exposition dans  un appentis, qu’il s’agissait de  ma famille ! Autrefois, cette  demeure était  la gendarmerie du canton.  La  photo a été  prise en  1918 :  mon grand-père tient  par sa  main, à gauche  un de  mes  oncles et  à droite,  mon  père.  Après  l’Armistice et  le traité de Versailles, ma famille ira en garnison dans  la Ruhr jusqu’en  1924. Mon  père et  mes  oncles   retourneront  contre leur gré en Allemagne de  1940 à 1945 !


Je traverse  le bourg que  les commerces  ont déserté. Dommage,  il  y avait  là une boucherie-charcuterie qui proposait  un boudin blanc qui faisait  la renommée du  pays. Je grimpe  la côte. Sur  la  gauche,  la  petite rue du Moulin à tan  où se trouve  la  maison de famille, celle  où mes grands-parents  ont  pris  leur retraite. J’y suis allé quand  mon  oncle d’Aubervilliers y séjournait. J’en garde  le souvenir d’une  maison froide, sans  âme. Seules  mes escapades  avec  les cousins vers  le ruisseau du bas  m’enchantaient.


A  la sortie du bourg, je  prends  à gauche  la route de Courtomer,  longue  ligne droite filante ; ça va bien ! En contrebas, dans  un vallon, se trouve  un circuit de rallycross de réputation nationale. Un  peu  plus  loin, sur  la droite, cette  fois,  il s’agit d’un circuit de  karting à Aulnay-les-Bois,  lui aussi de  même  notoriété. Peu importe,  je file sur  la bonne route pour atteindre  les « cinq routes », carrefour emblématique de  la région où un café-restaurant-station essence servait de  point de ralliement à tous  les traine-goudron du coin. Désormais, celui-ci est fermé. Rapidement,  j’arrive surCourtomer.  A  l’entrée du bourg,  j’avise  une  maison, c’était celle d’une  lointaine cousine.


Je  me souviens d’un  mémorable repas de communion alors que  j’étais gamin. Nous avions dû sortir de  table bien après  les  5 h ! Une  langue sauce  piquante demeure  mon seul souvenir gustatif de cette fête.  Je  ne vais  pas  pousser  jusqu’à l’Ermitage, c’est en dehors du village et  pas sur  ma route. L’Ermitage, c’est  là que vivaient  mon oncle Marcel et  ma tante Régine. A  l’époque, nous  n’avions guère d’occasions pour sortir, aussi,  lorsque  nous allions en visite chez eux, c’étaient de bons  moments !

A  la sortie,  je  passe devant le château de Courtomer puis  j’attaque  une  longue pente qui  franchit  les Monts d’Amain (269m). Petite allure  pour admirer  le paysage et  observer la flore des  fossés. En cette saison finissante, l’épilobe de Saint-Antoine,  la grande consoude et l’eupatoire  à feuilles de chanvre en sont  les  principaux  hôtes. A  partir de  là,  le pays se fait cheval, ce  ne sera qu’une succession de  haras plus  ou  moins  importants.


J’observe avec  attention  les  prés sur  ma droite, essayant de raviver  ma  mémoire. Mais je  ne vais pas retrouver celui qui avait  marqué  mon enfance. Précisément,  lorsque  nous allions donc  à  l’Ermitage,  mon  père, venant d’Exmes, empruntait cette route. Et sur  la gauche, dans ce fameux  pré, j’avais la vision d’un enchevêtrement de carcasses rouillées de chars,  de camions, d’avions fracassés, entreposées  là depuis  la dernière guerre ; j’étais fasciné par ce spectacle et certainement troublé inconsciemment  par  le sort sinistre des occupants de ces ferrailles tordues.

Le  pays du Merlerault s’ouvre  à  moi. Il est  passé  une  heure et  je commence à avoir  une  petite faim ! Juste avant  le bourg,   un grand  bâtiment flanqué  d’une tour  assez incongrue se dresse en haut d’un tertre,  il s’agit du haras de la Soudarderie. Il est en  bien piètre état !


Je  m’installe sur  la  place  la  mairie  pour  me restaurer. Une des dernières fois  où  je suis  passé au Merlerault remonte  à  2009 ; c’était  à une occasion  bien  particulière puisqu’il s’agissait du relais 12.5  Ultrafondus Méga Toff. J’étais en compagnie de Sylvain,  il devait  être dans  les  5 h du  matin et avions dans  les jambes  un peu  plus de  50 bornes et  il devait en rester  une  petite quinzaine avant  le  prochain relais !


Requinqué,  je continue mon périple toujours plein nord ! Insidieusement,  le  paysage se transforme. Une côte  me fait quitter  la  plaine du Merlerault pour  pénétrer dans  un pays bocager  plus vallonné. L’habitat  lui-même se  modifie, c’est celui du  pays d’Auge dont  je suis  à l’extrémité sud. Les constructions sont en brique,  ou en brique et  parements de  pierre  pour  les  plus aisées, ou en torchis et colombages  pour  les  plus  humbles.


J’atteins  le carrefour avec  la route de Gacé  à Exmes. Une fois,  mon  père, en voiture,  y avait écrasé  une  poule. Trop  honnête,  il s’était arrêté et avait du  rembourser au fermier du coin le volatile écrabouillé.  En bord de route,  les belles demeures succèdent aux belles demeures !



J’arrive en  pays de connaissance  puisqu’il s’agit du village  où  je suis  né dans  une  maison d’école.


J’ai toujours  un sentiment étrange quand  je  pénètre dans ce territoire que  le temps  a sacralisé. Les  images de  mon enfance se superposent à celles d’aujourd’hui. Il  ne reste  plus que des fantômes. Je descends  vers  le bourg et, soudain,  une vision étonnante s’offre  à  moi. Pas de tôles tordues mais deux chars en  parfait état trônent sur  la  place. Je suis  un peu ahuri par ce spectacle. J’en reconnais un,  il s’agit du Montereau,  un char qui a été restauré  et qui est  basé  habituellement  à Alençon.


 Je  monte  à la  petite école. Exmes est  une belle endormie, ce village  possède  une richesse  patrimoniale exceptionnelle  mais il n’a pas encore  trouvé de prince charmant  pour  le réveiller !





A  la sortie du bourg,  la vue est toujours aussi exceptionnelle sur  la forêt en contrebas qui abrite  le haras du Pin.



Bonne descente mais  un peu frustrant,  pas assez de dents  à mon  grand  plateau pour  aller  plus vite ! Il y a  plus d’un  mois, ce sont  les coureurs du Tour de France qui dévalaient cette  petite route.  J’arrive sur  le territoire du haras de Pin. Sur  ma gauche,  une  très longue allée qui  mène à l’hippodrome  de  la Bergerie et au-delà,  j’ai toujours trouvé  cette  perspective étourdissante  pourtant bien que  banale.


Au bord de  la  nationale, dans  le virage se trouve  le restaurant de  la Tête-au-Loup. Il  est des  lieux-dits au nom évocateur, celui-ci en est  un. Cela dit,  on  y  mange très bien  pour  un coût raisonnable !  Je vais  pousser  jusqu’au château  pour  la  photo. Incontestablement, ça a de  la gueule ! Je redescends  prendre  la route d’Almenêches. Le quartier est en effervescence, en effet  après  les championnats du  monde de  l’an dernier,  le site accueille  un concours complet international. L’ensemble  des installations est  particulièrement impressionnant.



Maintenant, c’est  un retour tranquille dans  un air  qui s’est réchauffé, les vaches  normandes,  les chaumes,  Almenêches, Médavy et son château, puis c’est celui d’O,  magnifique  petit bijou renaissance, visitable seulement les après-midi d’août.




Après Mortrée, sur  la route de  la forêt,  un petit malappris  me double avec son VTT trop grand  pour  lui. De temps en temps, il se retourne  pour voir si  je  le suis ! J’ai près de  cent bornes dans  les  jambes et  j’ai encore  la côte de  la Croix-Médavy à franchir, je  ne vais certainement  pas  m’épuiser  à courser  cet  insolent. Je  ne résiste  pas au  plaisir de  photographier  le  panneau indicateur du village du Cercueil !


2,5 km de côte,  j’y vais doux ! Ça passe bien et  j’atteins  le sommet où trône  un autre char, décidemment ! C’est aussi  l’arrivée d’une des courses  les  plus emblématiques de  l’Ouest, Alençon-Médavy : 15,6 km, une  montée de  4,5 pour finir  au  milieu de nulle  part, en  pleine forêt !


Je bascule dans  la descente et  me fais  plaisir à dévaler  la route. En bas,  je file vers Colombiers et Lonrai. Je regagne Damigny après  une sortie de  5 h 20 pour un  peu  plus de  110 km .

 

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Bzzzzzzzzz

Par Mustang - 15-05-2015 15:42:17 - 7 commentaires

Ce vendredi 8 mai, je finis de  mettre en  ligne  un reportage  photos d'une course  locale pour NCAP et  je rejoins  ma  petite femme qui  jardine. C'est  la fin de  l'après  midi, le temps est doux. Soudain  un bourdonnement  puissant se fait entendre. Nous  levons  la tête et voyons évoluer très  lentement  un essaim d'abeilles au-dessus du  jardin. Cet essaim va-t-il aller  plus  loin ? Eh bien, non,  il décide de faire  halte dans  notre  haie !


Je  m'approche de  l'essaim, c'est très impressionnant.  La  masse est compacte, d'aspect doux...  il est  presque tentant d'y  mettre  la  main !

Cependant, c'est  bien ennuyeux qu'il se soit  installé en bordure de trottoir ! On  ne sait  jamais avec des  passants  imprudents ou trop téméraires. En  principe, les abeilles sont très  pacifiques.  Mon épouse, chargée des relations  publiques de  la  maisonnée, appelle Patrick,  un ami apiculteur mais celui-ci a  une soirée,  il  ne  pourra  pas venir avant demain  matin ! Elle appelle  alors le  maire de  ma commune pour que  l'astreinte - on est  un jour férié -  puisse  mettre  en  place un  périmètre de sécurité. Elle doit  parlementer  un peu avec Pascal  pour  le convaincre du bienfondé de notre démarche !  Quelques  minutes plus  tard, l'employé communal de service arrive. Il a tôt fait de  mettre en  place des  barrières et de  la rubalise afin de  protéger l'essaim ce qui  suscitera  bien  la curiosité de tout  le quartier !

Le lendemain,  pour  mon compte,  je  ne verrai  pas  l'intervention de  l'apiculteur car dès le  poitron-jacquet ( si, si , ça existe comme expression, elle est plus  connue sous  le  nom de  potron-minet - elle veut dire dès qu'on peut voir  le cul de  l'écureuil. Mais  pourquoi  je  parle de  ça ? ),  je file  à Flers  pour le  1er tour des interclubs !

Patrick viendra vers  10 h avec son  matériel : un enfumoir et  une ruchette.


Sans  plus d'embarras, il secoue l'essaim  pour  le faire tomber sur  un cadre de ruche et renverser  le tout devant  la ruchette !


L'essaim, docilement, s'amalgame devant  l'entrée de  la ruchette. Mais celle-ci restera en  place  jusqu'au soir sur  le trottoir car une  partie des abeilles est déjà partie en vadrouille  à  la recherche d'un endroit  propice  pour fonder  la  nouvelle colonie. Il faut donc attendre qu'elles reviennent  toutes,  le soir. L'apiculteur  passera donc en soirée récupérer l'essaim et tant  pis  pour les retardataires!


Bien sûr, cet essaim est une aubaine  pour  lui  mais il  lui en faudrait  bien  plus  afin de faire face  à la  mortalité des abeilles dûe aux  pesticides. A ce  sujet, l'Assemblée Nationale  a voté  une  loi interdisant  l'emploi de certaines de ces substances contre l'avis de Ségolène Royal, ministre de  l'environnement - voir ICI !

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