Une si longue absence
Mustang

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Une si longue absence

Par Mustang - 28-10-2008 13:56:44 - 6 commentaires

Ce matin, j'ai reçu au courrier une  lettre de  mon cousin. En classant  les  papiers de sa soeur décédée l'an dernier,  il a retrouvé des  lettres que mes  parents lui avaient écrites et qu'il me fait  parvenir.
A leur lecture, bien sûr, beaucoup d'émotions, surtout celle où ma  mère annonce sa grossesse et son espoir d'avoir un garçon - moi!
 
Mon  père n' a quasiment rien  livré de ses 5 ans de captivité. Il nous a  laissé  un journal  de sa vie mais pas  une  ligne sur  la guerre. Pourtant enfants, nous  le  pressions de questions. Ce n'est que des  bribes de son histoire que  nous connaissons de son  passé à lui, si douloureux. Cela  peut  paraître curieux aux  jeunes d'aujourd'hui, mais, même né dix ans après  la guerre, je me considère comme  un enfant de  la guerre. Ma famille, comme beaucoup,  a été  profondément  marquée par elle.
 
Je vous  livre une lettre de  mon père  à son retour de captivité, écrite en mai 1945 à sa nièce. A la  lecture  de cette simple  lettre où quasiment rien  ne transparaît,l'ombre est  pourtant bien présente. J'en suis  bouleversé!
 
 

Chère T…

Me voici de nouveau dans cette douce France dont  j’ai rêvé durant cinq longues années. J’ai retrouvé tout le  monde en parfaite santé et la maison d’Essai s’est rempli de cris et de chants. Les figures  ont peu changé, les caractères non plus. Essai s’est  peuplé de  nouveaux « normands » mais les restrictions alimentaires s’y font si  peu sentir !

Il est  possible chère T… que tu me reconnaisses, j’ai parait-il peu changé mais il est difficile de départager dans cette allégation, la vérité et le « mensonge béni ». Quant  à moi, je  ne te reconnaîtrai qu’après-coup car la dernière fois que  je t’ai vue tu étais encore  toute  petite.

J’espère  avoir l’occasion de  vous revoir tous, soit  ici, soit  à Paris que j’irai revoir  les 17,18 et 19 juin. Sans doute irai-je à Savigny.

Quelle belle vie que celle d’ici. Pour  moi surtout qui ai vécu en Saxe et en Silésie durant cinq ans, tu  ne  peux savoir combien  j’apprécie  la somptuosité du paysage, sa variété et la constante affabilité des gens. Songe aussi que  je pesais 48 kilos lorsque les Russes  me délivrèrent et  me voici déjà à 60, à grands renforts de crème, beurre, fromages, etc… Nous parlons de vous hélas, qui ne connaissez guère tout cela !

J’ai encore beaucoup de choses  à vous dire  mais j’espère le faire de vive voix. Tout le  monde  vous donne  le bonjour et vous embrasse affectueusement.

J.

 
 

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6 commentaires

Commentaire de Pegase posté le 28-10-2008 à 14:31:29

Merci pour ce partage.... Tu te "considères comme un enfant de la guerre", ce que je comprend aisément au travers de mes racines Normandes.
Mon père né en 36 à vécu la guerre enfant avec l' occupation de la ferme par les allemands. Et la famille de ma mère, ont eu leurs divers logements totalement bombardés à Caen.
J'ai la chance d'être né 30ans plus tard. Et même si mon pére reste trés discret sur ces évènements, je lui doit d'avoir reçu cette éducation simple et rigoureuse, où la valeur d'autrui et y trouve pleinement une identité.

Profite pleinement des émotions liès à cette découverte.

Commentaire de co14 posté le 28-10-2008 à 14:56:09

tes émotions me rappelle les miennes il y a 5 ans environs....Mon père né en 39, a vécu des années difficiles durant et après la guerre. La misère, un père absent, une mère qui se devait de nourrir ses enfants mais qui les maltraités...Bref un lourd passé qu'il ne nous a jamais dévoilé...Peut-être par pudeur, par honte ou voulait-il protéger sa femme et ses filles ou oublier tout simplement. Pourtant "pleins de petites choses" auraient pû nous mettre la puce à l'oreille, nous ses filles qui ne comprennaient pas que leur père ai toujours peur de manquer de "pain" à table, on en riait quand on était gamine,ou plus tard ne supporter pas que je puisse laisser pleurer mon fils quand il était bébé, ou que je puisse le réprimender...bref "pleins de petites choses" qui lui rappelait son passé. sa jeunesse : sujet tabou chez les grands parents comme à la maison!!!
en 2000 après un triple pontage, ma soeur a effectué des recherches sur sa famille, bref 3 ans après verdict...mon père n'a pas vécu si heureux que nous nous l'imaginions...un lourd passé qui parfois me fait encore pleurer, et me poursuit....c'est ma vie...c'est mon père...même si tout ça fait mal, ça fait du bien de savoir. Ca semble contradictoire mais c'est comme ça!!aujourd'hui je me demande comment j'aurais réagi si j'avais su tout ça trop tard??? parce que nous avons pû en parler, ensemble en famille et comprendre ! surtout comprendre. Je te remercie de nous faire partager tes émotions et les partage avec toi....Des moments difficiles mais qui font du bien, qui retracent nos vies, nos histoires....

Commentaire de la panthère posté le 28-10-2008 à 16:17:13

merci, Cheval bleu, pour cette émotion partagée....à bientôt!

Commentaire de béné38 posté le 28-10-2008 à 22:55:48

Lorsqu'en avril je suis retournée en Normandie avec mes filles, sur la terre qui a vu naitre ma mère et ses frères pendant la guerre aussi, nous avons compris beaucoup de choses de son enfance. Elle n'en parle pas trop, si ce n'est de cet américain noir (elle n'avait jamais vu un noir et avait 4 ans) cet homme qui lui a donné du chewing-gum...ses jupes taillées dans la toile de parachute...ces cratères au milieu des champs où il leur était interdit d'aller cueillir les pommes bien tentantes...chacun fait son histoire avec les souvenirs de ses parents et les transmet de génération en génération...

Commentaire de yayoun posté le 29-10-2008 à 12:19:50

pour moi aussi ça touche la corde sensible avec un décalage d'une génération...Ma grand-mère est partie dans les camps sur dénonciation et en a conservé une méfiance, une peur, une terreur de l'autre, terreur qui a rythmé mon enfance...Le reproche à mes parents de m'avoir appelé Sarah de peur que si un Hitler revenait au pouvoir, on m'embarque immédiatement, l'idée que je n'ai compris que bien plus tard qu'il fallait que la famille est un point de rvd, un endroit où se retrouver s'il advenait que l'on soit séparé pendant plusieurs annés (souvenirs de son père qu'elle a failli ne jamais revoir pour ne pas s'être retrouvé à la libération), ses photos aussi pris dans les cas pour que l'on n'oublie pas notre devoir de mémoire, son tatouage qui lui aura rappelé toute sa vie ces moments passés...Bref, si la guerre est loin, elle est encore bien présente dans l'esprit des gens et peut-être n'est-ce pas si mal de ne pas oublier pour ne pas recommencer.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 30-10-2008 à 19:53:04

Mon père, né en 1922, a dû fuir sa Lorraine pour gagner la zone libre. De cette fuite, il n'en a jamais vraiment parlé. De retour à Nancy au moment de la mort de sa mère, il se fait prendre par les Allemands qui l'envoient travailler en Allemagne pour le STO. Il avait 20 ans...l'âge de mon fils. De cette période de famine et de mauvais traitements, il me reste juste une photo : mon père avec un matricule, comme un bagnard.Pas une histoire, pas une anecdote... Il a tout gardé pour lui. Il est mort alors que j'avais 14 ans. je n'ai pas eu le temps de le faire témoigner sur cette douloureuse période. Tout ce que je sais, c'est qu'il n'en voulait pas aux Allemands.

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